Bishorn : Versant NW (Voie Normale)

Récit détaillé de toutes nos aventures épiques :

Je savais que Tristan avait prévu de faire ce sommet avec des copains spéléos jurassiens, mais j'avais un truc à Bâle dans la journée donc je ne pouvais pas les accompagner pour la montée dans la journée. Animé d'une folie des grandeurs et d'une envie de finalement faire ce premier 4000 en bonne compagnie, j'ai trimballé mon matos dans les trains pour pouvoir aller direct chopper les derniers bus de Sierre pour Zinal dans la soirée et monter de nuit.

Équipé d'une bonne frontale, de thé froid, d'un litre de jus de fruit, une canette de Monster, du pain et de quelques barres énergétiques, je me lance plein d'énergie dans cette longue montée. L'ambiance est assez cool, des belles étoiles, de la neige bien dure, un chemin pas non plus extrêmement dur à trouver (quand même un challenge de nuit!). Ça enchaine bien jusqu'aux derniers 200m de montée jusqu'à la cabane ou la fatigue commence à peser.

C'est assez magique d'arriver en haut de cette petite escalade et de se retrouver face à cette cabane tant attendue, posée là au milieu des rochers et de la neige, présence rassurante et accueillante au milieu de la nuit froide et noire. En entrant, je vois deux personnes couchées dans le couloir à côté des chaussures et me dis que peut-être, effectivement, la cabane est pleine.

Je suis tout de même bien content de pouvoir me coucher sur ce sol synthétique dans ma veste en duvet, dans un chaud relatif et protégé des éléments. Je me réveillerai 1h et quelques plus tard car il faisait tout de même un peu froid sans sac de couchage, tout ça pour remarquer en me levant que la cuisine qui était juste à côté était bien chauffée et bien plus confortable. Je m'y installe donc en espérant pouvoir continuer ma nuit de fortune au chaud, mais qui voici que voilà : Tristan qui vient prendre son petit déj en vue du départ matinal qu'ils comptent faire pour être au sommet avant le mauvais temps. Je peux par chance emprunter le matos d'une membre de leur groupe qui est trop fatiguée pour faire le sommet, ce qui me va bien car j'étais venu en mode "c'est du ski pas raide sur de la neige y'a pas besoin de matos" et j'avais, surprise surprise, tout à fait tort. Un bon petit déj lui aussi à moitié volé plus tard et on est prêts à partir.

Au début ça jouait encore, mais plus on montait et plus les 1700m de montée trop récents et la nuit trop courte se faisaient sentir. Je carburais maintenant à 100% sur la caféine du monster, des quelques cafés du matin et du sucre des barres énergétiques, que j'ai essayé de rationner raisonnablement pour arriver jusqu'au sommet. Certainement aussi pas mal de placebo, mais dans cet état c'est dur de faire la différence. Au moins, c'était pas trop technique. Arrivé en haut, j'avais quand même la tête qui tournait pas mal, l'altitude avait bien fait son effet en addition à tout le reste. J'avais l'impression d'être dans une de ces vidéos d'alpinistes à 8000m sans oxygène tellement on avançait lentement sur la fin 😂 Il semblerait en effet que j'aie bien sous-estimé ce Bishorn à cause de sa cotation et de sa réputation de 4000m facile, on en a quand même bien chié !

J'étais vraiment sonné et j'avais l'impression de ne plus savoir bien skier sur la descente, le groupe devait attendre sur moi tous les 300m c'était assez terrible. J'ai même réussi à me péter la gueule sur une plaque de glace, perdant un ski qui s'en est allé dévaler la pente, menaçant de ne jamais s'arrêter ! Par un miracle de la physique, il s'est arrêté peut-être 100-150m plus bas et a pu être récupéré par un membre du groupe. Heureusement que j'avais des crampons et un piolet pour redescendre ce bout à pied!

Retour à la cabane les jambes en PLS et pause de midi bien appréciée pour se revigorer autant que possible avec Tristan pendant que le reste du group commençait à descendre . Quand est venu notre tout, on est tombés pile dans le brouillard pour la partie raide sous le col et avons dérapé de manière sage et raisonnable jusqu'aux déclivités plus faibles. Descente croutée, on prend notre temps pour soulager nos faibles jambes. Ensuite on remet les peaux pour la petite montée, puis continuons encore ainsi tant bien que mal jusqu'en bas. Pas vraiment le choix tout de façon. Quand même bien contents d'être arrivés en bas et de monter dans ce bus !

J'ai peut-être un poil trop écrit, mais voilà, comme ça le récit de cet épique premier 4000 (première partagée par l'entier du groupe!) est fait en bonne et due forme :) Merci à Sam pour l'organisation, à Vanessa pour le matos d'alpi et à Julien, Lou et Tristan pour la bonne compagnie !

Pour le Bishorn, la neige est pas trop mal jusqu'au début de la montée plus raide après avoir atteint l'arête N. Ensuite, il y a pas mal de glace. On peut encore passer sans trop de difficultés avec les couteaux, mais c'est pas génial pour skier à la descente et il faut faire gaffe à bien prendre le bon chemin entre les plaques de glace. Le dernier petit bout pour accéder au sommet comporte une traversée d'une sorte de rimaye ou petite crevasse qui a encore un bon pont de neige.

Pour la montée et descente jusqu'à Tracuit, c'était vraiment cool pour la montée de nuit avec les couteaux, mais la descente n'était vraiment pas agréable (sauf éventuellement ces quelques centaines de mètres sous le roc, qui étaient pas pire et presque sympas)

Au moins, pas trop de dangers d'avalanches ;)

Pour moi : départ 20h40 samedi à Zinal arrivée 03h00 à la cabane réveil 04h40 pour le ptit déj départ 06h10 arrivée sommet 10h45 retour cabane 12h/12h30 début descente ~14h00 Repartis avec le bus de 16:54

Beau le samedi, un peu nuageux mais encore clair pour la montée et la descente du Bishorn, puis le brouillard est arrivé un peu avant l'arrivée à la cabane et pour le début de notre descente.

Vraiment sympa, j'y ai fait que quelques heures et par terre mais je suis sûr que les lits étaient très confortables! Il y a même des plaques pour faire fondre de la neige qui tournent sur des batteries alimentées par panneaux solaires, le luxe!