Couloirs de Miage italiens, J1 : But en NE => revanche en face

Une belle idée lancée par Manu quelques semaines plus tôt autour d'une mousse post grimpe. Les vacances des enfants arrivent et les copains se retrouvent sans marmaille à charge (merci les grand-parent) à fomenter cette expédition vers la solitude italienne. Je fais jouer congés et famille pour compléter le groupe, une motivation pareille ne se retrouve pas tous les ans!

6h30, Annecy. Les cabas plein s'entassent dans la voiture à côté des sacs vides. L'organisation se fera au parking, ça change des sorties aux horaires de papas où a déjà chaussé dans la voiture. Garés à la sortie du tunnel pour gratter un dénivelé appréciable, les sacs se remplissent et, idée géniale et salvatrice, la luge aussi. L'instrument fait merveille sur la longue approche de la route du Val Veny qui présente un rendement dénivellatoire quasi nul, comme prévu. Elle permettra aussi de se mettre confort dans la grosse tente d'expé plutôt que la petite tente de trail, bonus appréciable le soir. Nous voilà donc partis pour le calme et l'isolement promis par cette fastueuse approche. C'était sans compter sur les motoneiges et hélico qui nous doublent et vrombissent à nos oreilles. Quel enfer et dépit. A quand l'interdiction des vols de loisir ici? Heureusement le balais des motoneiges s'estompe passé le bistro du pied des pistes, mais subsistent les hélicoptères, nullement incommodés par le blizzard qui nous cueille à l'approche du lac de Miage et nous oblige à remettre les Gore-tex (sauf Fab qui dort avec). L'abandon de la piste nous oblige à adapter de notre pulka du pauvre pour éviter toute (deuxième) perte de bière et autre matériel indispensable au bivouac. C'est ainsi que Fab se retrouve toujours à traîner la luge, Manu la retenir, et moi à tracer au GPS dans la purée de poix. Cette méthode nous amène au charmant spot qui nous servira de camp de base pour cette nuit, sis au dessus du lac Combal et surtout à l'abri du vent d'ouest (le secret espoir était de pouvoir profiter du soleil ce soir mais peine perdue, on est quand même en février). Quitte à être au soleil, on prend le temps pour le terrassement, montage de tente et solide pique-nique. Impasse sera faite sur le café. Toujours sous le bruit des rotations des feignasses héliportées qui se calmeront dans l'après-midi.

Rechaussage, jour 1, part 2. C'est parti pour la découverte des couloirs du bassin en compagnie d'un bon vent de face, sans pour autant aller tout au fond, on a pas la journée. Comme prévu, on met le clignotant à la deuxième à gauche, direction le couloir borgne NNE du Petit Mont-Blanc, juste avant le grand classique du secteur. Classique reste relatif par ici, on est pas dans Grand Crêt non plus. Le (grand) cône avalé, les skis passent au dos et la corde, qui a brillé par son inutilité jusqu'ici, est laissée dans un coin. Le vent ne s'est pas calmé malgré l'encaissement qui se fait sentir. Bien au contraire, les spindrift continuent de larguer régulièrement leur fine poudre sur nos museaux. 200m plus haut, coup de semonce, une petite plaque friable part en rive droite. Pas énorme mais suffisante pour embarquer le gant de Manu qui s'était décalé à temps. On s'interroge sur la poursuite des opérations. Mais comme on dit, si il y un doute c'est qu'il n'y a pas de doute. C'est donc dans une superbe poudre profonde que l'on rejoint, sans oublier la corde, le gant de Manu qui avait poursuivi jusqu'au glacier. On aura pas tout perdu.

Pas envie de rester sur un but, nous allons voir de l'autre côté comment ça se présente. Notre choix se porte sur un couloir pile en face qui parait buter sous des rochers au bout de 200m pour un retour pas trop tardif à l'apéro et au soleil. Pas de bol, un virage caché prolonge le couloir vers la gauche et nous en sommes quitte pour 550m de labeur. Fabien, après quasi 2000m de traçage perso, passe enfin le relais dans cette poudre lourde. Un bonheur. Nous stoppons en haut d'un petit string sous une goulotte inskiable (on a bien vérifié!). Le haut du couloir est étroit et le ski s'apparente un peu à du jeté de viande en virage court, entrecoupé par un petit ressaut qui fait gratter les spatules. Le tout à l'ombre, dans un vent à décorner les boeufs, dans une neige en train de regeler, forcément. Le kif au bout du monde.

2,5km de glissade et poussettes entre les mamelons du glacier plus tard, nous voici à l'apéro bien mérité. Les bières sont fraîches, c'est rien de le dire, mais appréciées. Comme une soirée de bivouac hivernal, la température limite la vue aux parois de la tente, chaque degré compte. Le classico soupe, pates, tisane (bonus genep', une pensée pour Jerem et sa flasque de Shabrak) se déguste les pieds au chaud dans les duvets et le dos cassé en deux. Vive l'aventure et les longues nuits. Demain on remet ça.

Dommage pour le beau couloir NE, mais pas de regret non plus, le risque aurait été le même le lendemain.

Piste enneigée de bout en bout. Petite route de chantier derrière la barrière permettant de rejoindre la piste à motoneige depuis le péage du tunnel. Glacier de Miage demandant d'enjamber quelques rocher sur le bas. Couloir NNE bien chargé et plaqué par les spindrift. Départ d'une petite plaque qui signe le but. Couloir SSW en face dans une neige bien plus sécu (poudre transfo) mais déjà recaillée à la descente. Le fort vent n'y étant pas pour rien.

8h30 : Tunnel 11h30 : Bivouac 13h : Redépart 14h30 : but au NE 17h : stop au SW 17h30 : bivouac

Vent d'W bien présent toute la journée.

Pas de local hiver = Hotel pour le tour du MB, pas un refuge.