Mont Pélago : Ligament croisé
Salut à tous, je suis content de poster ma première sortie de l'année. Après m'être cassé le ligament croisé et le ménisque il y a 6 mois, je suis heureux de pouvoir enfin ressortir les skis! Concernant cette sortie où j'ai réalisé 2 descentes, je vais rédiger un unique compte-rendu qui servira pour les deux descentes, avec une même vidéo à venir (seul les photos serons différentes sur les deux itinéraires mais le récit sera le même). Il est donc important de bien distinguer les deux itinéraires dans mon compte-rendu pour ceux qui souhaiteraient avoir des informations afin de répéter l'une des lignes. "L'enfer de Nathalie", Face Ouest: https://www.camptocamp.org/outings/1746365/fr/mont-pelago-l-enfer-de-nathalie
Départ à 6h40 de la voiture au Boréon, l'esprit en éveil. Une belle journée se profile, et j'aborde l'approche en chaussures jusqu'à l'attaque du couloir!(comme à chaque fois au Pélago). J'aurais porté peaux et couteaux pour rien tout au long de cette aventure. Une fois à l'attaque du couloir, je remarque que celui-ci est plus chargé que lors de ma précédente visite, il y a trois ou quatre ans.
Dès l'entrée, je remarque que l'énorme ressaut en rocher et glace, qui formait le crux de la voie, est désormais comblé par une belle couche de neige, rendant l'ascension et la descente beaucoup plus aisées. La veille, j'avais fait quelques photos de repérage, espérant qu'un petit couloir caché donnerait accès à ce grand couloir central. Malheureusement, ce couloir n'était qu'un mirage, une simple micro-goulotte avec peu de glace et beaucoup de rochers. Finalement, la solution par la vire s'est imposée comme l'unique moyen de rejoindre le couloir depuis le Nathalie.
Une fois cette délicate et exposée vire franchie (65°), je débouche dans un magnifique couloir, encaissé et raide. Selon les conditions, plusieurs petits ressauts de glace ou de rochers se présentent à moi. En remontant ce couloir, j'atteins le cœur de la face ouest du Pélago. Le cheminement devient moins évident, mais demeure plus simple techniquement. La montée m'a pris environ 2h30, un effort qui en valait la peine.
Au départ, mon intention était de remonter le Nathalie, puis de redescendre de l'autre côté par la voie de Paul Bonhomme, en cherchant une variante pour éviter la désescalade ou le rappel. Lors de mes repérages la veille, j'avais découvert une possibilité de rejoindre le bas de la face ski aux pieds.
Arrivé au sommet, je ressens un regain de courage et de motivation pour poursuivre le plan initial, bien que je me doute que redescendre cette ligne prendra un certain temps. Je m'engage donc dans les larmes d'Ulysse, sur une neige plutôt dure, comme il se doit dans le Mercantour. Le ski est agréable, mais l'itinéraire se révèle un peu moins évident que prévu pour une descente à vue.
Finalement, je parviens sans trop de difficulté à retrouver l’écharpe neigeuse que j'avais repérée la veille. Cependant, en m'en approchant, je réalise qu'elle est beaucoup plus raide que ce que j'avais imaginé. Je prends la décision de m'y engager et constate rapidement que le passage est bien plus technique et exposé que je ne l'avais anticipé. J'avais tellement sous-estimé cette difficulté que j'avais laissé les crampons dans mon sac. Si je n'avais pas effectué cette descente à vue et l'avais remontée auparavant, j'aurais clairement opté pour les crampons.
Une fois ce passage terminé, je peux enfin respirer, débouchant dans un autre couloir magnifique. Je poursuis la descente, rencontrant un petit rétrécissement qui pose peu de problème, puis j'atteins enfin la sortie de cette face nord-est. Je rechausse immédiatement les crampons, les skis sur le dos, et enchaîne la remontée dans mes propres traces.
C'est à la montée, en repassant sur cette écharpe neigeuse, que je réalise la raideur et la dureté de la neige. Mes crampons n'enfoncent à peine que les pointes avant et un tiers de la lame des piolets. Heureusement, la remontée n'est pas trop complexe ! Ensuite, la montée vers le sommet est longue et monotone, mais sans difficulté particulière.
Me voilà, pour la deuxième fois, au sommet du Pélago. Je prends un moment pour me reposer et reprendre mon souffle, il est 13h30. Je rechausse les skis et c'est le grand moment : je m'engage dans cette nouvelle descente, qui s'annonce moins problématique en termes d'itinéraire, bien repéré à la montée. Cependant, cette descente semble plus sérieuse que la précédente, qui m'aura servi d'échauffement.
Du sommet, je choisis de partir sur la face est sur environ 20 mètres pour rejoindre un petit collet et rebasculer en face ouest. En bonnes conditions de neige, il est tout à fait possible de partir directement du sommet côté ouest. Quel plaisir de partir skis aux pieds du Pélago sur ces deux faces majestueuses !
Le début de cette seconde descente est plutôt agréable, avec de jolis couloirs larges en neige, parfois dure, parfois un peu plus meuble en surface, offrant vraiment une belle skiabilité. Toutefois, le cheminement n'est pas si simple, car mes traces s'avèrent peu profondes et finissent par disparaître. Néanmoins, je parviens à retrouver le fameux petit couloir caché.
C'est ici que les choses se corsent. Entre l'engagement, la raideur et la technicité, le ski devient vraiment exigeant. De nombreux virages sur place, des désescalade sur talon, des dérapages, des escaliers… Bref, toutes les techniques de pente raide se retrouvent dans un même itinéraire.
Ce couloir central m'aura demandé deux déchaussages, deux courts rappels et une escalade de 20 mètres dans une goulotte bien glacée. Après toutes ces successions de ski et de bricolage, j'arrive enfin dans le bas du couloir, où il me faut impérativement récupérer la fameuse vire exposée. J'installe un relais avec deux pitons, permettant de m'auto-assurer dans la traversée (il ne faut surtout pas descendre dans l'axe du rappel, qui ne débouche nulle part). Une fois le premier tiers de la vire passé, je rappelle la corde et termine ce passage exposé pour enfin déboucher dans le couloir Nathalie, dont la descente est bien plus large.
Et voilà, je suis sorti des entrailles du Pélago. L’expérience m’aura pris plus de 3 heures pour cette descente par "l’enfer de Nathalie", ce qui est très rare pour moi, car il est inhabituel de passer plus de temps à descendre qu'à monter. Cela témoigne de la technicité de la ligne. En comparaison la descente en face est m'a prit 22min... Une incroyable aventure, qui s'est un peu organisée à la dernière minute, mais qui offre deux magnifiques nouvelles lignes au départ du sommet, skis aux pieds !
La lonnnnngue vidéo: [video]https://youtu.be/1YZK19ABzlo[/video]