Raid Oberland J3/7 ; Grosses Fiescherhorn : Traversée W → E par le Fieschersattel et retour à Konkordiahuette

Raid d'un groupe du GUMS-Paris dans l'Oberland, J3/7

Après la montée en refuge et la grosse journée d'acclimatation, c'est la journée de grand beau : journée idéale pour un objectif ambitieux. Le groupe n'est pas forcément très alpinisant et un membre est malade : 2 personnes ne viennent pas avec nous. Les informations que nous avons sur la Jungfrau laissent entendre que les conditions ne sont pas idéales (un peu de glace après la rimaye, rimaye pas forcément facile à passer) et le Mönch se faisant plutôt à pied il ne nous intéresse pas tant que ça pour ce séjour à ski.

On se tourne vers les grosses Grünhorn et le grosses Fiescherhorn (tous deux faits par des cordées croisées au refuge donc nous avons pu repérer l'itinéraire la veille). C'est finalement le grosses Fiescherhorn qui retient notre attention, avec pour objectif de le faire en boucle avec descente par l'autre côté.

Lever 3h30, avec une galère de frontale. Ma lampe n'a plus de piles et je raye un peu mon ski sur un caillou lors de la descente en bas des marches, je manque de me casser la figure... mais j'ai les piles rechanges sur place. Montée de nuit mais l'itinéraire a été repéré la veille. Progression lente mais sûre ! Les premières lueurs du jour, puis le Soleil se lève de l'autre côté mais pas sur nous, nous montons une pente orientée W. Couteaux par précaution dans le haut de la montée, puis crampons et skis sur le sac pour passer le Fieschersatel : parfait d'avoir fait une petite révision école de neige la veille.

Une fois au col, on laisse les sacs et les skis et on cherche l'accès à l'arête, on va malheureusement un peu trop loin et on doit revenir sur nos pas. On tire une longueur pour l'accès à l'arête puis on progresse corde tendue jusqu'au sommet. On a peu de matos d'alpi, je suis content d'avoir pris trois friends et on a quelques sangles mais on est obligés de relayer souvent car on protège de façon prudente. PY galère un peu pour ne pas abîmer ses crampons alu sur le rocher, il déchausse et rechausse régulièrement. On ne traîne pas au sommet malgré le Soleil, il fait froid et c'est venté, les 4000m se font sentir. A la descente de l'arête, on mouline le premier ce qui permet de vérifier qu'on a la longueur suffisante pour le rappel. Une fois redescendus aux sacs, on est un peu frigorifiés.

Il y a 3 traces de skieurs qui sont montés par l'autre côté dans les jours qui précèdent, et quelques traces d'autres skieurs qui sont descendus également par le Fieschgletscher et que nous avons croisés éreintés au refuge. Ces traces nous aident à parcourir ce glacier à la descente. Il y a quelques trous recouverts par la poudreuse, on ressort la corde au début pour en passer un qui s'avère être une fissure étroite. La descente est grandiose, sur le bord de ce glacier très tourmenté. Lors de cette descente, je n'ai pas trouvé les séracs sous le Fieschergrat top inquiétants (mais j'ai peu d'expérience en chute de séracs :) ). Certes on voir que ça tombe car il y a des coulées de séracs dessous mais cela ne m'a pas semblé si instable et c'est quand même pas mal contournable à la montée si on est efficace.

On découvre la vallée d'à côté qui est tout aussi magnifique, il suffit de pousser un peu sur les bâtons pour atteindre le pied du Grünhornlücke et on fait la chasse au Soleil qui disparait à l'Ouest.

Repeautage pour 300m de trace à faire dans la poudreuse afin de rebasculer sur Konkordiaplatz. On repère ces belles pentes à skier pour les jours suivants, ici la neige est encore fraiche, sèche et bien conservée malgré les nombreuses journées de beau temps. On parvient à rattraper le Soleil, on est bien cuits (enfin, pas tous...) au niveau physique lorsqu'on entame la descente vers Konkordia qui heureusement est directe... mais il reste bien sûr le D+ des escaliers pour bien terminer la journée.

Bilan : magnifique course dont on ressort un peu lessivés. On se souviendra des lueurs du lever du jour à progresser encordés dans la méditation et la contemplation d'un paysage magnifique. On se souviendra de l'ascension en crampons du Fieschersatel et du sommet, ainsi que de la belle descente avec des points du vue impressionnants sur les crevasses du glacier. Enfin, la dernière descente, sur konkordia avec en face le Soleil couchant qui descend vers Lötschenlücke était aussi particulièrement émouvante malgré la fatigue.

La partie du bas enneigée du Fieschersatel se fait sans problème mais la pente n'était pas enneigé jusqu'en haut, obligeant à quelques pas de mixte. Globalement, il ne s'agit pas d'un couloir mais d'une pente oblique ce qui implique une certaine exposition au fur et à mesure qu'on progresse et donc qu'on se décale par rapport au départ.

J'espérais pouvoir protéger la partie déneigée car il y a des relais de rappel (cordelettes sur béquets par exemple) mais ils ne sont pas pratiques pour s'assurer lors de la montée car au sommet des dalles, difficiles à atteindre. Globalement ce qui dépassait de la neige lors de notre passage c'était plutôt de la dalle compacte ou du caillou qui bouge donc difficilement protégeable. On a sorti la corde vers la fin mais c'était déjà plus facile.

Cependant cela passe sans problème quand on a l'habitude du mixte et qu'on arrive assez tôt pour que la neige soit stable.

Arête du grosses Fiescherhorn en bonnes conditions, escalade mixte pour l'atteindre et pour la parcourir. Un rappel sur cordelette en place pour redescendre de l'arête, nos 40m de corde ont suffit.

3h30 réveil 5h20 skis aux pieds encordés en bas des escaliers de la konkordiahütte 7h30 en bas de la montée vers Fischersattel 9h15 en bas du couloir, cramponnage 11h au col 13h au sommet du Grosses Fiescherhorn 15h30 picnic dans le plat du glacier après la descente 16h10 attaque de la montée au Grunhornlücke 17h10 au col 17h50 en bas des escaliers de la konkordiahütte 18h10 konkordiahütte

Grand beau, venté

Refuge d'hiver de la Konkordiahütte Couvertures, poêle à bois, ustensiles de cuisine.