Mont Gruetta occidental : face sud

C'est ma 5e grosse descente à ski dans le massif du Mont-blanc après 1985 , 2018 , 2021 et mars 2025 ; j'avoue avoir une petite faiblesse pour le versant italien, plus confidentiel. Depuis que j'avais lu quelque part les dires d'Anselme Baud " une des plus belles descente du massif du Mont-blanc" je n'avais qu'une envie c'était d'aller voir par moi-même. Mais voilà aucun itinéraire ou sorties n'existent sur C2C ou skitour, chose plutôt rare pour ce genre de difficulté. Même en fouillant sur le net, les informations sont extrêmement maigres, à croire que cette fameuse face skiable n'existe pas. Cela ne fait encore plus qu'attiser mon désir de découverte comme on le fait régulièrement avec David dans nos Pyrénées ariégeoises plus sauvages. Certes, cette descente ne demande pas un engagement mental et un niveau technique aussi élevé que les mythiques descentes du versant sud tels que la SW des Jorasses, l'éperon de la Brenva, le couloir Saudan ou Peuterey mais dans ce niveau de difficulté on peut maintenant confirmer que c'est MAJEUR. Les virages suspendus en haut de la rampe inclinée, 2000m au dessus du Val Ferret face au glacier de Frébouze et sous le regard de la masse rocheuse des Grandes Jorasses resteront gravés à vie dans ma mémoire, et tout ça le jour de mon anniversaire ! La nature m'a offert le plus beau des cadeaux.

PS : avec une pensée constante à Simon, parti trop tôt rejoindre les étoiles depuis les pentes du pic du midi de Bigorre.

Jour 1 : La petite couche de neige fraiche tombée la veille facilite la glisse sur les pistes de ski de fond pour avaler rapidement les 4.5 km de plat du Val Ferret italien. A Frébouze, on peut dire qu'on se trouve au pied du mur en voyant tout l'itinéraire du lendemain. Sur le cone on étudie le passage du verrou inférieur : on a attaqué au centre puis plusieurs goulet entre les dalles plutot en diagonale vers la gauche pour retraverser horizontalement vers la droite et sortir sur le plateau vers 2450m. Tout est passé à ski mais plus pour longtemps. Les traces laissées dans la neige fraiche nous aideront bien demain pour la descente a retrouver notre chemin dans ce labyrinthe. On est content, cela a été plus simple qu'on ne l'imaginait et on a bien avancé. Reste seulement les 400m pour arriver au bivaco Gervasutti, et bien ce fut un enfer ! La chaleur nous a totalement mis à plat, on n'avançait plus. On a pris un bon coup de chaud et mon partenaire a même fait un malaise, on a mis un temps fou pour arriver au bivaco. Complètement carbo, je sors toutes les casseroles possibles pour récupérer de l'eau de fonte du toit avec un seul objectif pour le reste de l'après-midi : réhydratation, réhydratation, et encore réhydratation. On récupère petit à petit et la soirée fut magique, seuls naufragés dans un coin reculé du massif du Mont-blanc au pied de la face Est du mythe ( les grandes Jorasses ). Pour rien au monde je n'échangerai ma place pour une nuit dans un refuge bondé des itinéraires réputés surtracé du massif du Grand Paradis, Ecrins ou Cham-Zermatt, etc...

Jour 2 : départ au lever du jour et direct dans l'action. Les yeux encore collés, on mets les crampons pour gravir la pente soutenue jusqu'au dome 2900m et chausser les skis. La couche de neige fraiche s'est complètement transformé sous le franc soleil de hier et le regel est excellent. Pour arriver au départ de la montée vers 2600m, on se fait descendre les chaussettes et secouer les neurones ce qui finit définitivement nous réveiller ! On rechange les pneus, crampons de nouveau aux pieds on pose le cerveau car on sait qu'on va les garder pour les prochains 1000m de dénivelé. On a pris la 2e rampe vers 2600m pour rentrer dans la face sud et venir buter sous les séracs. Un crochet à droite pour rejoindre la seconde grande pente et le 2e verrou. Une grosse rimaye ouverte se trouve sous le goulet raide rive droite alors on s'oriente vers l'autre passage à droite du rognon rocheux et la rampe inclinée. A partir de cette altitude, les problèmes commencent, la croute portante devient plus faible sous la neige réchauffée posée de avant-hier, je poinçonne et brasse entre tibia et haut de cuisse, ma progression devient très lente et usante. Au moins je ne ressens pas l'exposition au-dessus du rognon mais je commence a m'inquiéter de la chaleur qui recommence à sévir et cette partie supérieure de l'itinéraire voit déjà le soleil depuis un moment : je stresse un peu car une purge ou coulée pourrait m'envoyer faire le grand saut. Finalement à 3540 la pente finit par se coucher et c'est le bonheur.

Descente : le kiff total ! Il est 12h15, clac clac chaussage rapido ( au moins y a pas à enlever les peaux ! ). La croute sous la neige revenue qui m'avait éreinté à la montée porte parfaitement à skis et ce sera comme cela toute la grande face sud : une bonne moquette parfaite, juste quelques zones de boulettes des purges de la veille facilement contournables. Je ne voulais pas tarder et casser la croute la haut car je m'inquiétais des conditions de neige plus bas ( neige pourrie ) mais en fait a ces altitudes inférieures la neige avait déjà subi plusieurs cycle gel/dégel et tout est resté compact sous les skis. Nos traces de la veille nous permettent de ne pas se poser trop de question dans les barres, le cone devient ludique ainsi que la foret de mélèze : même dans mes plus beaux rêves je n'aurai pu imaginer de telles conditions homogènes de haut en bas, 2000m de grand ski ! On refait le plein d'eau au ruisseau et c'est parti pour une petite 1/2h de skating jusqu'au parking avec le gros SMILE.

grand beau, pas de vent, chaud Iso 2800m

tout a déjà été dit sur cette structure avant-gardiste mais prévoir un duvet car les couvertures sont aussi légères que l'isolation. Les plaques chauffantes ne fonctionnent pas, ni l'ordinateur totalement inutile, uniquement la lumière.