Mönch en traversée de Blatten à Fiescheralp (en bivouac)

###Jour 1 Première journée sous le joug d'un soleil cuisant : départ à pieds nus sur la route (#ultralight!) et ski en collants tout du long. Ambiance de sherpas avec nos sacs suchargés auxquels on rajoutait encore les skis accrochés sommairement pardessus. On croise deux suisse allemands au retour de leur expédition sur la route : Falsche richtung, das Bier ist 👈! Forcés de leur admettre raison, une attirance mystique pour les sommets ainsi qu'une inertie importante due à notre trop fort poids nous ont forcés à continuer notre chemin.

À l'arrivée sur le glacier, Tristan maudit son baudrier d'escalade decathlon qui lui lacère les hanches sous le poids de son sac et je me réjouis de pouvoir équiper mon string de sécurité Blue Ice de 84g et 2mm d'épaisseur fraichement acheté pour l'occasion. Le bivouac se passe plutôt bien. Au loin, on voit une silhouette avancer péniblement dans la pente : énorme sac, visiblement sans skis, a l'air de glisser ou tomber tous les 3 pas. On commencer à s'inquiéter pour le sort du malheureux, mais tant bien que mal, il finit par arriver à notre hauteur et on peut voir qu'il a plus la situation sous contrôle qu'il n'en a l'air. C'était un brave allemand d'Allemagne, étant venu depuis Fiesch : Bâton sans rondelle et raquettes étaient ses seuls moyens de progression, mais il était vaillant et avait tout le nécessaire à sa survie. Il nous laissa à notre cuisine pour tenter de rallier Blatten afin de s'acheter un coca.

###Jour 2 Il neigea légèrement toute la nuit et un poil plus fortement le matin. Nous repartons en pensant avoir finalement un peu froid, mais finissons en haut du col trempés de plus de sueur que de neige. La descente est bien appréciée, même si les parties plates ou légèrement remontantes sont tout de même un effort à fournir. Par ce col, nous avons désormais pénétré dans un royaume de glace et de rochers à pertes de vue, c'est la grande classe. Une fois à peu près arrivés à la Konkordiaplatz, nous bravâmes le blizzard pour remonter jusqu'à notre bivouac prévu, les flocons de neige nous balayant le visage tandis que nous nous enfoncions dans le brouillard. On hésita presque à monter plus haut, mais décidons sagement de nous en tenir au plan. Après moultes fortifications, la tente est parée à résister au vent annoncé jusqu'au milieu de la nuit et nous pouvons profiter de la soirée pour nous reposer, la météo s'améliorant petit à petit.

Le riz au thon et au fromage, préparé en quantité déraisonnable la veille, est revu à la baisse mais une cuisson légèrement ratée nous coupe à nouveau l'appétit, en laissant une fois de plus dans la casserole "pour le lendemain".

###MORGENMÖÖÖNCH! 4:30, réveil difficile mais déterminé. On met la neige à fondre et avalons la moitié de notre petit déj. On se heurte à la réalité du problème qui nous pend au dessus du gosier depuis le début de l'aventure : plus de gaz. Dans mon grand génie de planificateur ultralight, j'ai jugé intelligent de calculer la quantité de gaz nécéssaire à la sortie avec des calculs théorique physiques et chimiques à la place de me souvenir tout simplement qu'une cartouche me durait environ 3 jours seul pour mes tours à skis passés. Trop tard pour pleurer, on se met en route. Je me claque un muscle du dos en mettant mon sac (pourtant allégé!), Tristan a déjà le mal de tête de la déshydratation et mon nez crache une morve sanglante toutes les 5 minutes. Au top. Je cède le lead et la trace à Tristan pour toute la montée sous l'excuse que ce sera à moi de lead l'arête.

Arrivés au début de la grimpe à une heure raisonnable, on a déjà fini notre eau. Tenter l'ascension malgré toute logique ? Tenter d'acheter de l'eau à la cabane d'à côté ? 1.5 L de plus de ce précieux élixir de vie dans nos sacs chacuns et une carte de crédit plus légère de 26 francs, nous pouvons finalement commencer.

Je n'avais pas tout a fait prévu autant de grimpe sur cailloux et m'étais équipé de magnifiques crampons harfang, en alu sauf pour les 4 pointes avant. Cette fois, c'était au tour de Tristan de rigoler en me voyant polir mes pointes alu sur les cailloux dès la deuxième escalade... Une fois dans la neige, j'ai un petit regain d'énergie, Tristan suit malgré une difficulté accrue et on avance pas trop mal. On se fait tout de même doubler par pas mal d'autres cordées plus efficaces que nous (et arrivées en train!) À chaque nouvel obstacle, on essaie de garder en tête qu'il faudra encore le désescalader à la descente. Mais rien ne nous bloque assez pour justifier un abandon raisonnable dont nos corps ont si envie. Encore un passage de grimpe, une jolie arête en neige qui donne un aperçu d'en haut, puis on arrive avant la dernière escalade. Tristan hésite et n'est pas à l'aise. Je suis obnubilé par le sommet qui semble si proche. Maintenant qu'on est là, on peut bien aller voir ce dernier passage d'escalade, de toute façon, on est encore dans les timings et il a l'air de nous rester assez d'énergie. Un peu plus ou un peu moins... Au final, ça passe top et les piquets pour assurer se font bien apprécier, surtout sur le dernier mouve assez aérien juste avant la neige.

Tristan est terrifié par l'arête sommitale, elle m'impressionne mais je sais qu'elle n'est certainement pas si terrible. Tout le monde y passe, ça doit forcément jouer. "Tu sais, c'est pas si exposé, si tu tombes, je saute de l'autre côté!". Ça n'a pas l'air de tant le rassurer, mais il finit par céder à l'appel du sommet et de son triomphe. On laisse les sacs et emboitons le pas aux autres. Acclimatés approximativement par notre nuit proche de 3000, on ne souffre pas tant de l'altitude. La cordée devant pose une vis à glace pour assurer la moitié du passage expo, alors on fait de même par principe. Elle rassure le premier, mais le second doit faire les pas un peu chauds sans, donc elle n'était vraiment pas si utile, il aurait fallu mettre une deuxième. C'est une vision un peu stressante d'assister impuissant quand son pied est trahi par la neige et qu'il se retrouve à devoir planter les pointes avant dans la glace, progressant ainsi nerfs à vifs jusqu'à arriver à une neige plus rassurante. Je suis soulagé d'être de retour sur l'arête, qui parait soudain moins expo.

Au sommet, c'est la cohue : trois ou quatre cordées qui essaient de se trouver une petite place pour laisser les uns arriver et les autres repartir. La vue est splendide et se charge d'agréablement nous distraire pendant l'attente d'une arête libre de croisements. On voit notre tente, réduite à un minuscule point perdu dans l'immensité blanche.

La descente se passe bien mieux que prévue, du moins pour toutes les désescalades. On prend le temps de bien s'assurer avec tous les bécquets possibles et imaginables, conscients de notre fatigue grandissante. Les bouts de neige sont quand même pas mal plus faciles à descendre à grands pas. Arrivés en haut de la première falaise, on remarque qu'on peut passer par le côté et économiser ainsi un pas de grimpe, arrivant directement sur un spit duquel on installe notre rappel de 20m, qui nous suffira pour atteindre le sol. On peut même le partager avec un membre d'une autre cordée, qui a même la gentillesse de replier notre corde après son passage pendant qu'on s'accorde finalement un peu de repos et de ripaille. L'image de Tristan croquant vivement dans son énorme saucisse de Lyon restera dans mon esprit comme digne célébration de cette ascension couronnée de succès.

Retour sur les skis. L'unique fixation de mollet de ma chaussure gauche me lâche, et je suis obligé de faire avec car je n'ai rien pour bricoler. Direction Jungfraujoch pour remplir toutes nos bouteilles d'eau aux toilettes et par la même occasion pour profiter de leur utilité première dans un confort considérablement supérieur au trou dans la neige à côté de la tente (bien qu'au prix de la vue, un peu plus décevante). Ambiance lunaire en parcourant les tunnels éclairés de lumières vives et artificielles d'une expo pour touristes riches, sous terre, à 3400m d'altitude. Un pauvre employé chargé de nettoyer ces toilettes est forcé de me regarder remplir mes 5 litres d'eau 500ml par 500ml, les éviers trop petits forçant un transvasage à l'aide de notre plus petite gourde. De retour dehors, on n'a plus qu'une envie, retrouver la tente.

Je parviens à bloquer approximativement ma chaussure grâce à l'élastique de ma guêtre de pantalon et peut profiter convenablement de la descente. La neige est bonne et très appréciable, seulement très légèrement croutée. La tente se rapproche, toujours plus, je peux la sentir. Mon corps comprend qu'il peut commencer à se relâcher. J'arrive, balance mon sac dans l'abside, me déséquipe, fais le minimum nécessaire pour pouvoir me poser. Depuis le dernier quart de la descente de l'arête, j'ai le fameux mal de tête multifonction accompagné d'un fort déséquilibre thermique : un moment j'ai froid malgré avoir toutes mes couches au soleil, le suivant j'ai l'impression d'être fiévreux. M'étendre finalement sur mon lit creusé dans la neige par ma chaleur corporelle de la nuit précédente est tout de même fort apprécié. Tristan me propose un sucre de raisin. Ça au moins, ça devrait être facile à digérer. Ha! Sike! Et malgré tous mes efforts pour me retenir je vomis mes quelques barres énergétiques juste devant la porte de la tente. Super. Je n'ai plus rien à vomir, mais je me sens toujours mal et décide donc de simplement m'allonger sur mes affaires, légèrement incliné, laissant à la nuit le soin de me guérir.

###Jour 4 Après une nuit peu reposante mais ayant au moins eu le bénéfice de me soigner approximativement de mon mal de ventre et de crâne, nous sommes d'attaque autant que possible, motivés par le retour dans nos petites maisons confortables d'occidentaux capitalistes et privilégiés. On plie bagage efficacement, et nous laissons glisser sans effort le long de ce glacier gelé et idyllique. On n'aurait pas pu demander meilleure récompense pour nos efforts de la veille. L'air froid souffle agréablement contre nos visages meurtris, le doux bruit des skis contre la neige remplit le silence. Au loin, on aperçoit pas mal de cordées qui partent de la Konkordiahutte, même une autre tente se distingue dans les environs . On passe cette mythique place de rencontre entre mastodontes de glace en quelques pas de patineurs efficaces, avant de pouvoir descendre encore mieux le long du glacier d'Aletsch. On carve entre les crevasses, nos jambes justes assez fatiguées pour garder notre esprit occupé. Ça avance tellement bien que je n'ose pas m'arrêter pour prendre une pause, de peur de perdre mon précieux élan. Dernier obstacle absolument mythique : le ski sur les crevasses de l'extérieur du virage par lequel il faut sortir. Une superbe trace nous mène à travers et pardessus les murs de glace, formant un parcours ludique et efficace.

Après avoir remis les peaux, Tristan trace comme une machine. Ces 400m, il compte bien les avaler en moins d'une heure, fatigue ou pas fatigue, l'heure est à la performance. Quelle ne fut pas notre confusion en voyant les traces disparaitre au fond du vallon, 15-20 minutes à peine après avoir commencé. Qui, quoi, où, comment? La théorie du tunnel est originellement un blague, puis nous sommes forcés d'accepter son existence. Un tunnel providentiel prêt à nous épargner 300m de dénivelé. Il faut porter les skis sur le sac, et on reprend notre allure de sherpas de wish (surtout Tristan, ayant remis ses baskets et portant vaillamment la corde qui se balance d'un côté à l'autre de son sac avec chaque pas). Assez magique d'arriver ainsi téléportés de l'autre côté de la montagne. On recroise à l'arrivée pour la n-ième fois la cordée sympathique de suisse allemands qui nous précédent, échangeant quelques mots à chaque fois. Encore un peu de vaillance, et on se retrouve tant bien que mal à Fiescheralp. Je frotte mes pieds rapidement dans la neige dans l'espoir d'atténuer les odeurs, on dégaine nos AG plus ou moins efficacement, et boum, l'aventure touche officiellement à sa fin.

Quel confort suprême que celui des trains : discuter paisiblement, au chaud, en finissant les restes de provisions, la bête en nous rassasiée et la tête encore dans les sommets...

###Jour 1: Marche sur la route de Blatten à Gletscherstafel, puis montée dans une neige déjà bien fondue pour le reste de la journée.

###Jour 2: Il a bien neigé pendant la nuit et cela a continué pour toute la montée au col, on transpirait à grosses gouttes et mangions de la neige pour nous refroidir (pas si efficace). Heureusement on a quand même pu trouver des traces pour descendre le Grosser Aletschfirn. Dernière montée face à un vent neigeux assez fort, bien contents de s'installer.

###Jour 3: On a tracé dans quelques centimètres de neige fraiche soufflée pour la montée jusqu'au Jungfraujoch à environ 3400, avant de trouver une surprenante route de ratrac ammenant jusqu'à la Mönchjochhutte. L'arête en elle même était très bien tracée par de multiples cordées parties avant nous ou nous ayant dépassés. Il y a assez moyen de s'assurer sur les bouts de grimpe avec des béquets ou parfois des piquets métalliques. La trace suit assez bien le fil sur l'arête sommitale sauf à un petit moment ou il faut partir sur le côté sur peut-être 20m, ça fait un peu peur mais ça passe bien. Redescente sur le glacier jusqu'à la tente au top, ça skiait bien.

###Jour 4: Glacier bien gelé et bien bouché jusqu'à la sortie pour rejoindre Fiesch, où les crevasses étaient assez impressionnantes. (Mais ça passe nickel en slalomant dessus à skis) Heureusement qu'on était tôt parce que si la neige colle ou que les skis cassent la croûte la descente du glacier d'Aletsch doit être moins fun. Pour la descente après la traversée du super tunnel, bientôt plus de neige par endroits, ça passait tout juste.

###Jour 1: 0925 - Départ Blatten 1100 - chaussage des skis 1645 - installation bivouac

###Jour 2: 0845 - départ 1130 - Lötschenlücke 1630 - tente installée

#Jour 3 - Mönch : 0430 - réveil 0600 - départ montée 0845 - arrivée début arête 3600m 0955 - départ arête après détour eau 1310 - sommet 1545 - retour en bas de l'arête 1717 - arrivée à la tente

###Jour 4 : 0620 - réveil 0804 - départ 0904 - sortie du glacier 1100 - arrivée Fischeralp 1129 - départ train