Strahlhorn : Arête WNW (Voie Normale) depuis Saas Fee via la Britanniahütte
Un vieux projet qui se concrétise: depuis une première visite en 2012 dans le secteur, il faut bien se rendre à l'évidence que c'est un sommet plutôt "d'hiver" et donc qu'il faut y venir en ski de rando. Les 3 années précédentes, on s'est focalisé sur les Grands Mulets avec plus ou moins de réussites et le changement c'était pour maintenant. L'idée de base est de partir du village, curieux de découvrir le domaine skiable, en mode village et domaine fantômes. L'inconnu reste la distance de portage qu'on devra faire: la webcam semble montrer qu'on peut se passer des baskets et partir en hardboots direct. La météo s'annonce et est mitigée effectivement sur le terrain. Ambiance bretonne voire tropicale, on monte vite en température. Il n'y a pas un chat sur le domaine en mode inter-saison, quelques dameuses sont à la manoeuvre. On se doute que la plupart des arrivants à la Brittania vont venir par Felskinn. On se fait rattraper par quelques cordées néanmoins à partir du plateau sous Felskinn et dans le vallon intermédiaire, dans ce dernier des piquets rouges jalonnent bien l'itinéraire, ça doit être rassurant par absence de visibilité. Le refuge est plein comme un oeuf, le souper est bon et servi de manière assez efficace. On opte pour un lever vers 3h45 et un départ vers 4h45. Ca descend d'abord sur une neige bien sympathique, nous sommes les premiers avec 2 gars qui vont à l'allalinhorn et qu'on quitte rapidement. Comme on a pas trop l'habitude, on s'encorde et on peaute un peu trop tôt mais rien de trop génant. On trace dans la fraîche sans que ça soit vraiment pénible, on sait qu'il y a de la distance et qu'on va avoir un long long faux plat avant de prendre vraiment du déniv. C'est sympa de faire la trace, assez vite quand même ça double et on profite des traces. Pas mal de monde ne s'encorde pas, ça surprend toujours, après chacun prend ses responsabilités. Les températures sont idéales et la météo parfaite. Nous faisons une pause sur un replat vers 3300 et qq avant la montée à l'adlerpass. Je cède le lead à Kevin. En préparant la sortie, j'avais bien vu sur la carte des pentes que les passages raides étaient devant nous avant l'arête WSW. C'est plus chargé de surcroît, les premiers doivent s'employer à la trace, derrière on est concentré sur la montée physique avec l'altitude et les pentes qui augmentent. Des paroles un peu plus fortes attirent notre attention et en quelques secondes une plaque peu épaisse, d'une vingtaine de mètres de large nous atteint Hippolyte et moi, je gauge les quantités qui arrivent n'étant pas sûr de tenir avec la masse, c'est moindre que craint et ça ne me déstabilise pas même si je descend légèrement. Hippolyte est + dans la masse et probablement plus chahuté avec ses lattes larges et descend un peu plus, retenu par Kevin qui a pu se coucher en périphérie. Hippolyte galère à reprendre la trace dans le raide et dans la fraîche. Il n'avait pas besoin de ça le pauvre, déjà bien séché par les efforts et l'altitude. On reprend la trace après ces efforts, la cordée qui a déclenché au-dessus est parti, par contre l'autre cordée au dessus de nous a attendu qu'on se rétablisse avant de reprendre la progression. Il n'y avait pas grand chose mais avec un secteur raide et plutôt un versant sous le vent, ça a suffit. Nous restons bien vigilant jusqu'à se rétablir sur l'arête. La suite est à nouveau + couché, le camarade Hippo est à l'agonie malgré un rythme modéré et les pauses. Il finit par rendre les armes à 4050m, restant raisonnable pour en garder pour le retour. Avec Kevin, nous rallions le pied de l'arête terminale. C'est un peu la foire, ça rappelle un peu le Grand Paradis l'affaire... on est loin des ambiances pyrénéennes, la rançon de ce sommet accessible et altier tout à la fois. Nous déposons nos affaire un peu plus loin, faisons un A/R rapide à la croix: vu la malaisance de certains sur les quelques mètres de l'arête, la crainte est de se faire emporter dans la chute, surtout avec ceux qui ont gardé la corde. Quelques photos et on revient à la dépose, à la fois pour laisser la place et quitter cet endroit dangereux par sa fréquentation. La descente est comme prévue magique, on récupère Hippolyte qui a bien récupéré lui aussi. Superbe descente... on croise du monde qui entame la montée à 11h30 alors que ça chauffe bien. La remontée jusqu'à la Hutte est encore en bonnes conditions même si c'est un four, heureusement c'est court.
Petite boisson pour fêter la sortie, on remballe ensuite nos affaires et entamons la redescente. Repeautage au milieu du vallon intermédiaire et dernière grimpette vers Eggineerjoch. Descente encore pas mal jusqu'à 2800 et ensuite c'est soupe collante jusqu'à 2300. C'est un peu moins pire ensuite et redevient pas mal sur la rouge suffisamment raide et plus lisse. A hauteur de Felskinn, le premier déchaussage suivi de 3 autres nous permettent de rallier le bas du domaine sportif estival de Saas Fee. Mission accomplie, nous remontons tranquillement dans un village entièrement vide et si paisible par rapport à la pleine saison. La saison est compliquée pour les créneaux, la balance a penché en notre faveur cette fois ci même si le spectre d'une annulation était toujours présent jusqu'au dernier moment.
J1: Neige humide pour l'approche J2: Neige fraîche de la veille, agréable à skier jusqu'au retour au pied de la Hutte. Neige collante voire très collante en dessous de 2800, limite skiable par endroit. Glisse correcte en dessous de 2100. Ski jusqu'au terrain de foot avec 4 courts déchaussages
J1: 10h Parking Saas Fee - 14h35 Brittania Hutte J2: 4h50 Brittania - pied du sommet 10h - retour Hutte 12h - Parking 14h30
J1: crachin, pluie et neige mélée, s'améliorant jusqu'à l'arrivée puis dégradation jusqu'en soirée avec bonnes chutes de neige J2: grand beau, développements nuageux mais sans précipitations
Annoncé comme un des plus fréquenté des Alpes Suisses, je veux bien le croire. Retour pour moi après un premier séjour en été en 2012, sympa de voir les 2 saisons et le domaine skiable