Zinal → Zermatt par le Mont Durand

Maelle n'a jamais vu ni mon village, Zinal, ni le village le plus connu de Suisse, Zermatt. On décide de faire d'une pierre deux coups et de finir notre saison de ski en douceur en reliant les deux par les glaciers.

Tout commence à quelques pas du chalet familial, où j'allais me goinfrer d'ovo crunch après mes premières leçons de ski, il y près de 20 ans. On prend le petit déjeuner à la boulangerie Salamin. Chocolats chauds et petites douceurs, la journée commence bien. On traverse le village, j'ai le sentiment grisant d’être à la maison, et le coin à l'air de bien plaire à Maelle :)

S'en suit le long portage des fonds de Zinal, jusqu'à la moraine du glacier. On commence à apercevoir de la neige. Il est l'heure de faire un choix: rive droite ou rive gauche de la Navisence? Ou si on reformule, côté franchissement de torrents ou côté chutes de pierres? On choisit l'option plus safe des franchissements. Ça passe globalement bien, sauf pour la plus grosse veine de rivière. On cherche, on cherche et on ne trouve rien d’appétissant. On fini par jeter notre dévolu sur le passage qu'on estime le moins casse pattes. Je ne suis pas super rassuré, c'est des grands moves sur des galets et on est en chaussures de ski. Si l'un de nous se la colle c'est retour maison. La tension est palpable. Maelle prends son courage à deux mains et décide de s'engager. Je retiens mon souffle avec elle... et... ça passe. Joli! À mon tour maintenant. Je fais les premiers mouvements et j'arrive au crux... bordel c'est extrême ce pas, comment elle a fait ça? Quand on grimpe j’arrête pas de lui dire de débrancher le cerveau, faut que j’applique ce que je prêche maintenant... j'engage la viande et ça passe aussi. Ouf! On a bien mérité notre pause à la grotte de glace.

La suite de la montée, c'est plus roulant. Une succession de faux plats, de quoi ravir Maelle (non). Comme la vue est classe elle ne bronche pas trop. Par contre on cuit sur ce glacier, on commence presque à voir des oasis. En attendant Maelle, je lance Champagne Supernova et je rêve de poudreuse légère en regardant la face nord de l'Obergabelhorn, un jour.

À la cabane, on rencontre un sympathique couple de français avec qui le courant passe tout de suite. Ils nous racontent des histoires de leur jeunesse: elle qui travaille de nuit aux urgences et lui qui la convainc de le suivre dans ses plans foireux pendant ses jours de repos... tiens... mais je la connais bien cette histoire, on vit la même chose avec 25 ans d’écart!

On sort profiter du coucher de soleil. Maelle pointe le haut de l’arête du Coeur: - Ça skie ça? C'est super beau! - C'est majeur, mais c'est pas une mince affaire de trouver les conditions. La graine est plantée :)

La nuit commence à tomber, on fait du yoga sur la terrasse. Nom de bleu ça tire! Il faut dire que deux jours d'escalade suivis d'une montée de ski typiquement printanier ça laisse quelques marques. On hésite entre attendre que les étoiles pointent le bout de leur nez et se mettre au lit tout de suite. On se dit que, quand même, on est pas là tous les jours, alors on décide de rester dehors. On a bien fait. Il y a très peu de lune et le ciel scintille au dessus de la couronne impériale. Seuls au monde face à ce désert blanc, on profite de notre moment suspendu. Je me sens bien ici, ça pourrait durer pour toujours :)

Après une bonne nuit de sommeil, on attaque la confiture de quetsches de Lorraine: de la bombe!! On s'équipe et direction le Mont Durand. Encore du faux plat pour bien débuter la journée, mais qu’est-ce que c'est beau. On tutoie ensuite la majestueuse Dent Blanche et l’appétissante face nord de la Pointe de Zinal. Plus qu'un petit effort pour passer le col et place à la récompense: une vue à couper le souffle sur le Cervin et la Dent d'Hérens. Pas un nuage, pas de vent, que bello!

Il reste une arête ludique pour rejoindre le sommet. En haut, Dame Nature nous a confectionné des transats avec vue panoramique sur toutes les alpes, du Mont Rose aux Bernoises. Un spot de bronzette et de sieste juste fabuleux, on y restera près d'une heure à se dorer la pilule. En plus c'est l'autarcie totale, pas un chat pendant les premières 45 minutes. On est trop content d’être là et on en prend plein les mirettes.

Bon, ça fait un jour et demi qu'on monte, à un moment donné il va bien falloir skier. On chausse au pied de l’arête et on s'élance à pleine balle sur le glacier. L’impressionnante face nord du Cervin se dresse en toile de fond. Du pur ski plaisir sur de la moquette, on prend notre pied pendant un total de... 5 minutes. Ensuite on arrive dans un terrain ravagé où on fait de la survie skis aux pieds. Les séracs sous l'Hohwänggletscher créent une ambiance pakistanaise. Il n'y a plus beaucoup de neige et on doit parfois déchausser et désescalader des lits de rivières tout en dalle.

L'un d'eux a été particulièrement marquant. Dix mètres sans neige et en-dessous une sorte de combe. On enlève les skis et là on a une idée de génie: plutôt que de les mettre sur le sac on va juste les jeter en bas. Il faut savoir que Maelle et moi sommes chacun dotés d’environ un demi cerveau, donc on pensait qu'ensemble on se partageait un cerveau entier et fonctionnel. On ignorait que le tout est plus que l’ensemble des parties. Alors on valide l'idée. Je lance mon premier ski, il se plante nickel. Je catapulte le deuxième, il fait mine de s’arrêter, puis repart. Misère! Il prend une trajectoire qui ne me plaît pas du tout: droit vers un couloir dans les falaises... on lui crie de s’arrêter mais il ne nous écoute pas et s’engouffre dedans. Alors là on n'a pas l'air con. Dans ma tête c'est fini, il doit déjà être en miettes. Je décide d'aller au moins jeter un coup d'oeil avant de me morfondre. Je m'approche tant bien que mal du couloir sur un seul ski: "Ohhh yesss!! yes!!! il s'est arrêté!", je déchausse et cours en bas pour le récupérer. Je vole au secours de mon naufragé, c'était moins une, encore 15m et c'était cuit. J'ai vraiment eu de la chance... Je remonte sous les encouragements de Maelle. On se jure de ne plus JAMAIS faire ça. On continue la descente par un cheminement astucieux dans ce dédale de falaises et de ruisseaux.

Une fois arrivé au pied, on entre dans la phase observation animalière de notre voyage. On fait la rencontre d'une dizaine de bouquetins près de Hohle Bielen. Puis on voit une myriade de marmottes qui sautent de partout et nous disent salut de la queue. Dans la neige, on voit beaucoup traces de pas, il y a de l'activité dans ce coin. On repère encore de nombreux bouquetins et chamois sur les pentes d'Hohwäng.

Après pas mal de portage, on fini par rejoindre les pistes de Zermatt. On enlève les skis à Furi et on décide de descendre à pieds dans la forêt. C'est un super joli coin pour une petite randonnée. On fait un crochet par un point de vue mignon et on arrive finalement au village. On passe en mode touristes. On fait le tour du village et on met le cap sur notre récompense bien méritée: la fondue! On s’attable dans un petit restaurant à la fois rustique et chaleureux et on se remémore notre beau voyage, des étoiles plein les yeux

Rivière à traverser avant la grotte de glace de Zinal, pas évident en chaussures de ski. La descente au S de l'Hohwänggletscher est pauvre en neige et est ravagée de coulées.

Top! Avec du bon cidre