Le Luisin : Couloir E

Une belle mission de début de saison avec une dream team!

Vendredi, quand j'ai vu la quantité et la qualité de la neige au couloir NE de Bel Oiseau, je me suis dit qu'il y avait un coup à jouer au Luisin. Je savais qu'Ian serait emballé, parce qu'on avait de toute façon prévu de faire un tour aux Marécottes. Reste à présenter l'idée à Maelle: une traversée mega expo et un couloir potentiellement gavé de poudre pour sa première sortie de la saison? Évidemment qu'elle est partante!

On débarque aux Marécottes et là, bonne surprise: malgré l'autoroute sur la Golette, le couloir est encore vierge. On met donc le cap sur le Luisin. L’arête depuis le Col d'Emaney est assez pénible à tracer mais ça passe globalement bien. En plus la vue est classe.

Nous voilà maintenant au sommet. Je vais jeter un oeil à la traversée: c'est bien chargé mais l’enneigement est top. On décide de la jouer safe. Ian construit un relais avec ses skis et s'assied dessus, on déplie la radline de 60, j'enroule une sangle autour de mon baudrier comme une ceinture (tête d'alouette sur le pontet -> tour de taille -> clip au pontet) et on clip la corde dessus. Cette méthode est vraiment top pour que la corde se mette toujours dans la direction optimale. C'est parti je vais nous creuser une tranchée en tapant bien les skis jusqu’à l’entrée du couloir.

On se rejoint tous sains et saufs, prêts à en découdre. Il faut être un peu prudent sur les premiers virages à cause des cailloux pas forcément très loins, mais ensuite c'est un régal! On profite d'une neige majoritairement poudreuse et légère, avec parfois quelques changements de texture.

Jusqu’à ce qu'on arrive à un passage vraiment critique: une pente de plus en plus étroite, en neige dure voire carrément bleue, qui fini dans un goulet rocheux. En-dessous, on voit que c'est de nouveau poudre, mais il faut passer ce crux. Maelle, qui était en tête de file à ce moment là, décide courageusement de s'engager. À cause de la glace, il n'y pas la place de faire un virage (enfin peut-être que pour Vivian Bruchez si, mais pour nous c'est un gros non). Donc la première étape, c'est une conversation bien foireuse, qu'elle exécute super proprement. On se rappelle, première sortie de la saison pour elle. Ensuite, il faut traverser la glace pour se dresser à l'aplomb du rocher. C'est un peu chaud patate et faut pas hésiter, mais ça passe. Enfin, il faut plonger en ligne droite dans la seule bande blanche entre les barres et freiner à fond juste après. Elle souffle un bon coup... engage... et ça passe!

Là, probablement qu'une personne normalement constituée m'aurait traité de tous les noms d'oiseaux. C'est quoi cette embuscade pour une première de l'hiver? Mais comme c'est Maelle, elle a le sourire jusqu’aux oreilles et les bras en l'air :)

À mon tour de m'y coller. Déjà que la conversion était tendue pour elle avec ses petits skis, avec mes machins d'1m82 c'était carrément la roulette Russe. J'essaie, mais finalement le plus raisonnable était de déchausser pour se tourner. Je traverse la glace sans problème. Mais une fois sur la rampe de lancement, les watts comment à monter! Autant j'adore le ski agressif, autant après avoir vu Maelle en mode survie là-dedans j'étais pas particulièrement rassuré. Je prends un petit moment pour faire le vide, et feuuu! D'une fois que c'est fait c'est un énorme kiff.

À Ian maintenant. Il décide de tenter une autre approche: éviter la conversion et la glace pour passer directement skieur gauche. C'est théoriquement aussi possible, mais la ligne droite est plus longue. Je repère un endroit bien rempli de poudre que je lui indique. Il se prépare... grosse expiration... top départ! Il n'arrive juste pas à tenir son freinage et se viande. Il fait 3-4 roulades et un de ses skis file 100m plus bas. C'est parti pour une session de toboggan pour aller le récupérer!

On peut encore s'offrir quelques belles courbes dans le couloir avant de se finir les jambes dans le champ de bosse en-dessous. Avant de finir la journée en beauté avec des chocolats chauds au restaurant de la Creusaz.

C'est quand même une sacrée chance d’avoir dans sa vie des gens qui sont non seulement toujours motivés pour ce genre de plans foireux, mais qui en plus y prennent leur pied!

Vraiment magique de pouvoir skier ce couloir gavé de peuf un 2 décembre.

ATTENTION toutefois: il y a un goulet à mi-couloir qui nécessite de vraiment engager la viande en ligne droite avant de pouvoir freiner. Si vous n’êtes pas adpete de ce genre de ski c'est peut-être pas le moment d'y aller.