Cime de la Jasse : Face W
La saison de ski continue avec Alix. La dernière fois, nous étions restés sur notre faim avec un but au Grand Van.
Reste la question : où aller ? Avec un risque d’avalanche à 3, on cherche une sortie pas trop longue, plutôt haute en altitude… Une valeur sûre, bien tracée, proche d’une station : la Cime de la Jasse. Classique. Efficace. Presque raisonnable.
Pour éviter la foule, on se dit Départ 7h de Grenoble. Tu parles… À notre arrivée, le parking près du pont de la Betta est déjà plein. Le temps de mettre les chaussures, trois voitures supplémentaires débarquent.
Nous démarrons la montée à 8h15. La route forestière jusqu’à la colonie du Pré de l’Arc se déroule tranquillement. On papote, on échange les dernières nouvelles, on fait comme si on n’allait pas bientôt transpirer.
Puis vient le chemin forestier qui nous mène au gros caillou. Je repense aux athlètes de la Belle Étoile passés par là la semaine précédente. Aujourd’hui, nous sommes seuls. L’ambiance est plus contemplative… et un peu moins rapide.
Enfin, nous sortons de la forêt. La chaîne des pics apparaît. La cime, elle se cache encore. À 11h20, nous atteignons le téléski du lac. Premier effort intense : ça réchauffe. Pause thé. Je montre à Alix notre objectif. Elle observe la cime en silence. Je lis dans ses yeux le calcul mental du dénivelé restant.
Elle m’a confié qu’elle n’avait jamais fait plus de 800 m de D+. Nous sommes déjà à 700. Je la rassure : malgré le risque 3, des skieurs sont déjà dans la face.
Nous repartons et faisons une nouvelle pause au soleil, vers la source de la fontaine du lac, pour manger. Je découpe le dénivelé restant en petites étapes, en précisant qu’à chaque étape, nous pourrons redescendre si besoin.
Mais Alix reste motivée et déterminée, même si elle compare régulièrement le dénivelé déjà parcouru et celui restant sur sa montre Garmin. Vers 2100 m, la montée se corse. La poudreuse est difficile à tracer, je glisse à plusieurs reprises. Alix, bien calée dans ma trace, souffle, râle un peu… mais avance.
Je veille à ce qu’elle garde le sourire. Je valorise, j’encourage, je félicite. « C’est presque fini ! »
Elle me répond : — Tu sais, ce genre de technique de motivation, je l’utilise aussi au travail.
Je me tais. Stratégie démasquée.
Le passage du col impose les skis sur l’épaule. Une fois de l’autre côté, Alix affirme qu’il faut viser le rocher sur notre gauche pour atteindre la Cime de la Jasse.
— Mais non…
Finalement, elle aura raison. Je suis impressionné par son énergie et sa détermination.
Au sommet, le panorama est splendide. Grandiose. Époustouflant.
— C’est horrible, dit Alix en riant.
Puis vient la récompense : la descente. Et quel kif ! La neige est excellente, la face presque déserte. C’est toujours fascinant de constater qu’on descend en cinq minutes ce qu’on a mis une heure à gravir.
départ du parking 8h15 téléski du lac 11h20 Sommet 14h parking 15h15
grand beau