Grand Astazou : Couloir Oublié
Très très longue approche depuis Gèdre par le lac des Gloriettes (en me garant à 1170m d'altitude). En arrivant au pied du couloir j'ai beaucoup hésité à renoncer car c'est un face Est et que j'étais hyper en retard. Tellement en retard que la face repassait à l'ombre quand je suis arrivé au pied. Le bas est resté à l'ombre toute la matinée mais le haut avait pris le soleil. Finalement, constatant qu'il n'y avait pas vraiment de chutes de pierres hormis quelques graviers roulant dans la neige, je me suis dit que ça devrait passer car on était en février, alors j'y suis allé quand-même, mais je vous déconseille formellement de faire comme moi, c'est un peu une bêtise.
Le ressaut du début est à 80° sur quelques mètres, c'est plutôt de la neige gelée que de la vraie glace. Sur la fin de ce ressaut il y a un dièdre un peu moins raide constitué d'une dalle rocheuse à droite et de neige à gauche. À cet endroit-là cette neige n'étaient pas du tout transformée en glace et ne permettait pas d'ancrage fiable pour les piolets. En m'appuyant sur la dalle j'ai réussi à monter un peu, puis j'ai vu au bout une zone de glace, j'ai pu étendre le bras et planter mon piolet. C'était bon, le ressaut était franchi.
Derrière le ressaut ce sont des pentes de neige raides (55°). C'est rare de trouver des pentes de neige à vraiment 55°, d'habitude la neige ne tient pas et c'est de la glace. Mais ici c'est bien encaissé et le couloir fait des virages, je pense que ça aide la neige à tenir.
Arrivé aux deux tiers du couloir je sens que la neige change complètement : j'entre dans la zone qui a pris le soleil. C'est de la neige transformée, mais pas non plus autant transformée que dans une face sud. Depuis que le soleil était parti la surface avait eu le temps de regeler un tout petit peu. Pour progresser c'était très correct, j'enfonçais mes pieds franchement, et ils ne glissaient pas.
Vient ensuite la dernière partie, celle que j'ai touvée la plus engagée de tout le couloir, celle à cause de laquelle je considère que l'itinéraire n'est en fait pas vraiment en conditions : la partie en mixte près de l'arête. C'est en mixte avec de la neige inconsistante ! Ce n'est pas dû à mon horaire tardif, c'est de la neige sèche inconsistante. Lorsqu'on fait un pas dans la neige, le crampon s'enfonce jusqu'à toucher le socle rocheux. Lorsqu'on essaye d'avancer un pied, la neige est tellement inconsitante qu'il a tendance à revenir d'où il est parti. Pour s'en sortir il faut se faire léger, s'appuyer au maximum avec les mains sur les rochers environnants. Il n'y a pas tellement de prises sur ces rochers, il faut plutôt s'appuyer dessus que tirer. Petit à petit, j'arrive donc à monter, et j'arrive finalement sur le fil de l'arête à une vingtaine de mètres du sommet. La libération !
Du sommet je descends en crampons vers le col Swan, la neige est bien plus tranformée de ce côté-là, plein Sud. Peu avant le col je chausse les skis et pars jusqu'au pied de la brèche Tuquerouye que je remonte à pied. Je descends alors à ski le couloir Nord jusqu'au lac des Gloriettes avec quelques déchaussages sur la fin, puis je continue à ski sur la route jusqu'à ce qu'il n'ait plus de neige. Encore 4km à pied et me revoilà à la voiture.
Approche : vers 11h aux alentours de 2000m d'altitude dans les pentes Nord sous les deux bornes, les skis botent sévèrement ! C'est de la neige poudreuse juste assez humidifiée pour coller aux peaux, ce qui est très épuisant.
Couloir oublié : ressaut 80° : plutôt en neige glacée qu'en vrai glace. Sur la fin du ressaut il y a un dièdre un peu moins raide constitué d'une dalle rocheuse et d'une surface de neige. Cette neige n'est pas transformée en glace et ne permet pas d'ancrer les piolets de manière fiable. Il faut monter délicatement en se servant de la dalle, puis étendre le bras pour aller taper le piolet dans une zone de glace un peu au-dessus. deuxième tier : neige restée froide, pentes à 55°, on ne s'enfonce pas trop en utilisant le canal de spindrifts. dernier tier: neige un peu transformée (à l'heure où j'y étais). En enfonçant franchement le pied à chaque pas, on ne glisse pas. mixte final près de l'arête : c'est la partie la plus engagée, la neige est inconsistante. Elle est restée froide (non transformée) donc le problème se pose vraissemblablement à toute heure de la journée. À chaque pas les crampons ont tendance à revenir d'où ils sont partis, et ils ont tendance à s'enfoncer jusqu'à toucher le socle rocheux en-dessous. Pour avancer il faut se faire léger en utilisant au maximum ses mains pour s'appuyer sur les rochers affleurants. Pas beaucoup de prises, il vaut mieux s'appuyer sur les rochers que tirer dessus.
En terme de chutes de pierre c'est safe dans le couloir oublié, juste quelques graviers roulant parfois dans la neige.
Descente : neige bien transformée côté sud dans la descente en crampons vers le col Swan puis à skis vers le pied de la brèche Tuquerouye. La descente à skis du couloir Nord de la brèche de Tuquerouye est en bonnes conditions (ni trop dur ni trop poudreux, neige froide). Ensuite il faut plusieurs déchaussages dans la fin du vallon pour atteindre le lac des Gloriettes. La route du barage est à peu près enneigée jusqu'à 1400m.
Personne croisé de toute la journée. Aucune trace dans le couloir évidemment, mais certaines traces montant et descendant le couloir Nord de Tuquerouye et la brèce de la Pailla versant Est. Des traces aussi près du sommet du Grand Astazou.
6h30 : départ du parking 9h15 : barage des Gloriettes 13h30 : pied du couloir oublié 16h10 : sommet du Grand Astazou 17h45 : refuge Tuquerouye 19h30 : parking du barage des Gloriettes 19h45 : fin de la neige sur la route, à 1400m 20h40 : voiture
Grand beau toute la matinée, quelques nuages à partir de 14h.
Le refuge Tuquerouye est complètement rempli de neige. C'est vraiment dommage. Le déneiger va être compliqué car même la porte du haut ne peut pas vraiment s'ouvrir (on peut juste l'entrebailler) à cause de la neige qui bloque derrière.