Tête de Chau : Face N/NW

Thierry Dans le viseur de mon regretté frère de montagne Olivier Salésiani depuis plus de 15 ans (il m'avait alors communiqué une image sur laquelle il avait tracé ce que l'on a parcouru aujourd'hui). Cette face, que j'ai également bien observée l'an passé, est revenue cette année bien plus franchement dans mon viseur personnel à la faveur de l'enneigement exceptionnel dont bénéficie le massif cette année. Et vu la poudreuse qu'on avait trouvée dimanche dernier, on pouvait espérer en retirer encore quelques subsides... J'ai failli programmer cette course mercredi dernier, mais d'une part, j'aurais été seul, et d'autre part, je craignais encore quelque plaque sournoise sur la partie sommitale (avec le vent d'Est qui avait sévi...). J'ai donc - heureusement - délaissé le projet, mais pas pour longtemps ! Ce n'était que partie remise, on l'a programmé dès jeudi avec Steph, pour cette belle journée de samedi ! Mais entre temps, vendredi soir très exactement, je reçois un coup de fil d'un portable inconnu : un certain Morgan, qui venait aux renseignements concernant la face N de l'Obiou. Il venait de la skier la veille ! Il est vrai que, subrepticement quelques jours auparavant, en observant le remplissage exceptionnel, je m'étais dit pour la 1ère fois de ma vie qu'y skier devait pouvoir être alors possible. Puis l'idée était repartie aussi vite qu'elle était venue (connaissant la face en version estivale, je n'avais aucune envie de venir y poser mes spatules : bien trop exposé, un truc du genre le Z à la Meije quoi !...). Morgan ?... Mais Morgan comment au fait ?! Akhourfi, me répond-il. Je comprends mieux ! Et là, de fil en aiguille (oui, le fil des arêtes, et les aiguilles rocheuses, hein !), j'en viens à lui parler de notre projet du lendemain. Il a apparemment le choix du roi, entre une goulotte du Dévoluy, du speed riding dans le même secteur, et cette dernière proposition que je lui fait. Dernier message au soir : "j'irai au moins au pied de la face avec vous, voile de speed dans le sac, et on verra comment est la neige..." Eh bien, on l'a bien vue la neige, et plus on montait, plus elle nous réjouissait ! (Morgan est bien entendu resté avec nous :)) Une poudreuse de 1ère catégorie, stabilisée par une bonne semaine assez calme, un peu plus dense que dimanche dernier (où elle était extrêmement légère), mais toujours assez profonde, d'où un sluff assez conséquent, dont il fallait se méfier (j'en ferai d'ailleurs les frais au pied de la face, sur le cône, où, retraversant dans mon sluff, celui-ci me fera chuter dans la poudre ; bon, il y avait de quoi se rouler par terre, tellement on venait de réussir une course incroyable : un itinéraire majeur en conditions exceptiennelles). Mais revenons là où on en était : le début de la montée, avec une sacrée couche de poudre. Eh bien heureusement que j'étais accompagné ! Si j'étais venu seul mercredi, j'en aurais bavé, car on a quand même pas mal brassé (surtout Morgan... Merci :)))). La face s'est vite redressé, passant de 40° à 45 au bout de 30m, puis ne descendant jamais sous 47° au-delà. La traversée qui suit le couloir d'entrée nous met rapidement dans l'ambiance, suspendu sous des falaises, et en dominant d'autres particulièrement imposantes... Au-dessous, la foule des randonneurs plus paisibles remonte la combe Ratin, certains jetant certainement un œil sur ces drôles de cocos "risque-la-mort" au-dessus d'eux... Le passage de deux échines plus redressées et davantage orientées Ouest présentera la seule neige médiocre du parcours (une neige croûtée par le soleil, mais finalement pas compliquée à skier (d'autant que j'ai un peu cassé la croûte en montant). Au-delà, la pente se raidit encore et l'ambiance devient vraiment alpine. Quelle raideur et quelle hauteur impressionnantes ! La neige est merveilleuse, à nouveau poudreuse, et ce jusqu'au sommet. Une traversée bien raide (plus de 50°) avec une petite section en sucre-glace (vieux gobelets) sous jacent mais sans risque a priori nous amène au dernier couloir, raide lui aussi (un peu au-delà de 50°, avec une poudre moins fournie, mais une neige froide ferme très bonne à skier). Puis c'est la sortie, plus compliquée que je ne l'imaginais... Un passage obligé avec des rochers apparents et une faible épaisseur de neige devra être franchi en dry-ski, puis le court final extrêmement raide se fera à droite d'une dernière échine (section hyper exposée, pente à environ 55°). Court moment au sommet, juste le temps d'avaler une petite part de pizza, et hop, Morgan attaque déjà ! Il nous plante deux virages dans les 5m à 55° en poudre tassée de 1ère classe mais à l'expo juste supra-maximale. On passera plus tranquillement avec Steph, histoire de démarrer sereinement !... Puis rapidement vient la section aux pierres apparentes. 1 à 2m de dry-ski piolet à la main... ça passera relativement bien mais ce ne fut pas totalement aisé non plus !... Au-dessous, superbe conque sommitale en neige parfaite, puis couloir entre les rochers avec une neige plus ferme et une pente vraiment raide (+ de 50°). On s'applique mais ça tourne ! Au-dessous, la couche de poudreuse est incroyable (épaisse, et tout et tout). Le sluff dévale au-dessous de nous en cascades. On skie tranquillement chacun notre tour, afin de nous garantir mutuellement une sécurité maximale. Afin de profiter de la belle poudre, je passe un peu au-dessus de la trace des copains, mais les rochers sont proches et j'en déniche un gros sous mes skis et la grosse couche de poudre (le seul du jour, sans conséquence). On poursuit avec la traversée vers la droite, monstre raide (grosse fente entre une jambe et l'autre)... Puis la pente suivante est à nouveau incroyable. Morgan commence à passer en mode freeride... Il nous attend un moment, on le rejoint, puis il s'engage dans la dernière traversée et enquille toute la fin en sur-régime (enfin de notre point de vue...). Il est maintenant de l'autre côté de la combe Ratin, et nous sommes encore suspendus dans la face... La traversée (et notamment les échines croûtées) se fera sans problème. Quel bonheur lorsque l'on passe au-delà de la dernière barre, et que l'exposition tombe aussitôt ! On peut se lâcher en grandes courbes à notre tour dans le large couloir final, et même se faire emporter par une vague de sluff, se balançant dans un salto avant refroidissant (pour ma part, donc...). On retrouve vite Morgan, et on lève les yeux vers ce que l'on vient de gravir, puis de skier. On est abasourdis, tellement étonnés de la perfection de cette course, que ce soit la qualité de l'itinéraire, sa raideur incroyablement soutenue, et celle de la neige... Et je ne peux que penser à nouveau à Olivier, qui m'a, nous a, accompagné durant toute cette course, et verser quelques larmes, pétri d'émotion. Il avait ce projet en tête depuis plus de 15 ans, il m'en avait fait part assez souvent, et même fourni une photo du tracé (en 2011...), ce même tracé que nous avons suivi avec une chance et un bonheur incroyables aujourd'hui. Le ski au-dessous ne nous laisser pas de souvenir impérissable. J'aurai mal aux cuisses à cause des efforts dans la face. Steph fera lui-aussi son roulé-boulé, pour cause de neige un poil collante. Mais nous aurons partager une merveilleuse aventure avec mon Steph, et bien sûr cet incroyable Morgan : tu as bien fait de m'appeler hier pour discuter de l'Obiou ! Continue comme cela, et prenant bien soin de toi (et de ton petit chat trop mignon) !

PS : j'avais pris ma caméra, il y aura donc un film prochainement ;))

Conditions fabuleuses dans la face, et correcte sur l'approche. De la poudreuse de très grande qualité, parfois épaisse (40cm), un peu moins épaisse sur le final (plus raide et plus dense, mais excellente poudre tassée sur le passage d'entrée). Une courte section de dry-ski 1 à 2m, assez aisés à franchir, 15m sous le sommet. 2 sections en neige croûtée en surface par le soleil sur les 10m orientés un peu plus ouest au passage des deux échines de la traversée inférieure.

Départ : 8h00 Fin d'approche : 10h15 Sommet : 11h45/12h00 Voiture : vers 13h30

Temps plutôt bon, avec des nuages le matin, se dissipant en partie, de belles éclaircies, dont une parfaite pour la descente, puis retour des nuages en fin de descente. Iso 0° vers 2000/2100m BERA : risque 1 sous 2200m, et 2 au-dessus