Cayres de la Cougourde : Goodbye Babyline

Note : La vidéo intégrale de la descente sera postée prochainement, le temps pour moi de finaliser le montage.

Le Mercantour a ce don de vous remettre à votre place avant même d’avoir chaussé les skis. Vendredi soir, je quitte la voiture à Entracque pour rejoindre la cabane. Après 40 minutes de marche, j'enlève mon sac... et là, le grand moment de solitude : il ne reste qu'une chaussure de ski sur mon sac. Une branche a dû me la décrocher dans la forêt. Je pose tout et je redescends en courant. Je la retrouve finalement à 50 mètres de la voiture. Entre le stress et l’aller-retour, le timing en prend un coup, mais l’aventure continue.

S'ensuivent encore 8 bons kilomètres de piste pour rejoindre la cabane Soria Elena. J'adore cet endroit pour sa situation stratégique, mais l'ambiance y est rustique : pas de poêle, un froid polaire. La nuit est courte.

Départ samedi à 6h00. J’attaque par le bas de « Yadugaz ». Ce sera 4 heures de montée en solo dans une croûte infâme à tracer. Un vrai calvaire physique pour avaler les 1000 m de dénivelé, mais à 10h05, je sors au sommet de la Cougourde. Comme souvent ici, la cime est pelée par le vent. Je chausse les skis environ 20 mètres sous le sommet.

La descente est une tout autre histoire : 1h20 pour boucler l’intégrale jusqu’au pied de la cabane. L’éperon est trompeur : depuis la vallée, il paraît "couché", mais les contre-pentes Nord sont vraiment raides et engagées. Les virages les plus techniques ont été mesurés à l'inclinomètre à 66°. La traversée sur le fil de l'arête n'a pas été mesurée, mais le ressenti était encore plus raide (ça se voit d'ailleurs bien sur les images) avec une neige piégeuse.

Un moment a été particulièrement surprenant : en pleine traversée délicate, je suis passé au travers d'un petit pont de neige qui masquait un trou entre les dalles et les rochers. Une petite frayeur qui rappelle qu'avec ce mélange de plaques et de gobelets, il faut une concentration extrême et beaucoup de délicatesse dans les appuis.

J'ai pu skier l'intégralité des 1050 m de la ligne sans jamais déchausser ni sortir la corde. C'est un cran au-dessus des lignes voisines comme « USB-C pas gagné » ou « Yadugaz », tant par la raideur que par la complexité du cheminement. À ce jour, c'est probablement l'un des itinéraires les plus longs et les plus raides du massif.

Je l'ai appelée « Goodbye Babyline ». C'est sans doute l'une de mes dernières ouvertures dans le massif (pas pour la vie promis) avant mon départ pour le Canada. J'ai besoin d'aller chercher un truc plus terre à terre, loin du côté « génération 2.0 » et du confort qu’on finit par oublier en Europe. Là-bas, l'essentiel reprend ses droits : pas de remontées mécaniques à l'horizon, pas de secours immédiats et surtout pas de bar au pied de la face pour la bière de fin de journée.

C’est l’immensité sauvage sur des centaines de kilomètres, où chaque sortie se fait avec le spray anti-ours à la ceinture par simple nécessité. C’est ce retour au brut, loin des projecteurs et du milieu des magazines, que je pars chercher. Simplement pour l'amour du ski d'aventure, du silence et de la vraie simplicité.

Aperçu vidéo du passage technique (et du piège du pont de neige) : https://youtube.com/shorts/kODRIRY7B2E?si=WGrB07SlNcz4omb6

Au bout du compte, ce n'est que du ski, mais celui-là, il a un goût particulier.