Grande Casse : Couloir des Italiens + Grands Couloirs

lipsum

Mercredi soir, coup de fil à Ben. « On va où ce WE ? » On discute de nos vagues idées pour converger rapidement sur la Grande Casse, en boucle via le couloir des Italiens. Rendez-vous est donné vendredi soir en gare de Grenoble. TER jusqu'à Moûtiers. Travaux manuels pour Ben qui profite de la longueur du trajet pour réparer les guêtres de ses chaussures et changer une fermeture. À Moûtiers on se dirige vers la gare routière pour prendre le car à la demande (réservation nécessaire 24h à l'avance). C'est à ce moment qu'on se rend compte que les billets réservés par Ben ne sont pas pour Pralognan mais pour une autre vallée, donc aucun car n'est là pour nous attendre. (D'un côte tant mieux, ça aurait été dommage de le déplacer juste pour nous 2.) Après avoir traversé la bourgade chargés de notre encombrant attirail, nous nous postons au bord de la route le pouce tendu et 5min plus tard une voiture s'arrête. Vieux scénic avec plus de 300 000 km au compteur, mais qui roule et qui a de la place pour nous : c'est l'essentiel. Notre convoyeur, saisonnier, nous dépose un peu plus loin au bord de la route. Immédiatement je me place au bord de la chaussée avec mon plus grand sourire et une voiture s'arrête, avant même que notre conducteur précédent soit reparti. C'est une dame qui fait de la place dans sa berline et nous emmène jusqu'à Bozel où nous nous postons à nouveau à la recherche d'un troisième véhicule. Jamais 2 sans 3 ? Nous venons à en douter. Nous sommes sous le panneau qui indique Pralognan 12 km et comme personne ne s'arrête, nous nous demandons si nous allons devoir les parcourir à pied. Pour tuer le temps nous nous relayons à lire à voix haute un bouquin que nous avons emporté. Finalement, après 30 min d'attente, un ancien s'arrête et nous dépose bien gentiment à Pralognan. Ouf !

Du village nous montons la piste jusqu'aux Fontannettes et trouvons un chouette spot pour passer la nuit. Frayeur du soir lors du 2e atelier de bricolage de la journée : en re-réglant ses fixations à la taille de ses chaussures, Ben foire irrémédiablement une tête de vis. Va-t-on prendre un but avant même d'avoir chaussé ? Résolution brutale à l'aide du marteau du piolet. Re-ouf !

Samedi lever 4h30, départ 5h15. Il y a déjà plein de lampes, des gens arrivés ce matin ou qui sont montés la veille dormir dans leur voiture. L'itinéraire est évident et la neige dure se laisse remonter sans peine. Nous arrivons au col de la Grande Casse à 8h15, en avance sur nos prévisions pessimistes. Le couloir est visible d'ici et n'a pas l'air si impressionnant que ça donc nous nous octroyons plus d'1h de sieste derrière le col, au soleil et à l'abri du vent. Rien ne sert d'arriver en haut trop tôt car les grands couloirs ne décaillent qu'en début d'après-midi en ce moment.

À 9h30 nous partons crampons aux pieds et skis sur le sac. Après être montés le plus possible en rive gauche à l'abri des séracs nous traversons en vitesse jusqu'à l'aplomb du couloir. Il y a deux ressauts de glace qu'on contourne en passant par une suite de rampes de neige au milieu des rochers plus à gauche. Ensuite on revient à droite pour rejoindre le couloir qu'on remonte dans la neige, à quelques mètres à gauche de la langue glacée qui tapisse le fond du goulet. La remontée, bien qu'un peu longue pour les mollets, n'est pas technique, parfois en neige froide tassée mais surtout en neige dure. Lorsqu'on s'approche des rochers finaux il faut passer 3 zones de glace. Pour les deux premières on passe par la gauche le long des rochers et pour la dernière il s'agit de retraverser la langue de glace centrale qu'on a franchie juste avant via une plaque de neige. Pas difficile mais il faut faire attention. Du bas, outre la présence de glace, l'inconnue principale était la sortie, car on y distinguait surtout des rochers. Mais du point où nous sommes nous devinons déjà que c'est gagné. En effet en suivant une écharpe de neige à gauche nous allons pouvoir facilement rejoindre la corniche qui est facile à franchir. Après la solitude de la face Nord, après la fraîcheur de l'ombre, voici le soleil... et la foule ! Nous allons faire un tour au sommet puis creusons une banquette un peu plus bas histoire de manger un bout et surtout d'attendre que les grands couloirs décaillent. Postés où nous sommes, nous pouvons surveiller le défilé des skieurs se rendant au sommet (plusieurs têtes connues), demander l'état de la neige plus bas et profiter de la vue et de la chaleur du soleil. Seule ombre au tableau, l'horizon n'est pas très clair. Vers 14h, clac-clac nous passons les chaussures en mode descente. La moquette est idéale, assez longue pour être douce, assez courte pour qu'on ne s'y noie pas. On passe rive droite en zig-zag entre des rochers pour éviter la glace, avant de rejoindre une zone bien lisse propice aux courbes. Un peu plus bas vient la partie moins skiante : poussées sur les bâtons et traversées jusqu'aux pistes qu'on descend jusqu'aux Fontanettes. Nous refaisons les sacs avec le matériel de bivouac caché pour la journée et rechaussons jusqu'à Pralognan centre-ville, pile à l'heure pour embarquer dans le car de 15h40 pour Moutiers. TER, retour au bercail sans encombres. Fin de cette excursion savoyarde, pimentée d'un certain nombre de doutes (entre la course pour avoir le train, le stop-surprise, le réglage de fix de dernière minute, les effets de l'altitude, les conditions dans le couloir...) et finalement rondement menée. Encore une sortie qui se fait très bien sans prendre la voiture !

Matériel Pour le couloir : crampons acier, deux piolets chacun. On avait pris une corde, des broches et même des pitons pour la sortie mais dans les conditions rencontrées rien de tout cela n'a servi.

Fréquentation une cordée devant nous à la montée du col qui part dans la petite face N ou la face N centrale, un groupe qui passe le col après nous pour redescendre derrière et personne d'autre que nous dans le couloir des Italiens. Dans les Grands Couloirs, au moins 50 personnes réparties entre montée, descente, sommet, pique-nique etc.

J'ai indiqué que les conditions étaient bonnes mais comme c'est la première fois je n'ai pas de point de référence sur cette course.

Montée jusqu'au col : neige bien regelée avec une rugosité de surface qui permet parfois de se passer de couteaux (qui restent bien utiles malgré tout). On peut monter jusqu'au col skis aux pieds. Couloir des Italiens : Pas de problème de rimaye pour rejoindre le couloir (probablement comblée). Là où nous sommes passés il y avait quelques passages de neige froide tassée mais sinon c'était surtout de la neige dure, couic ou couic-, idéale pour remonter. Sur la partie haute il y a de la glace au fond du goulet, il doit être possible de brocher dans la glace en grimpant dans la neige. Seulement 3 petites zones où il a fallu mettre les crampons sur la glace. La sortie se fait par une écharpe à gauche en neige, qu'on ne voit pas du bas. Grands couloirs : départ du sommet vers 14h, moquette idéale.

3h pour monter au col de la grande casse (de 5h15 à 8h15) 1h15 de sieste au col et au soleil (de 8h15 à 9h30) 2h40 dans le couloir (de 9h30 à 12h10), sommet 10min plus tard 1h45 pour le pique-nique et attendre le décaillage (de 12h20 à 14h05) 50 min pour descendre (de 14h05 à 14h55)

Beau