Autour de l'Ailefroide et à travers le Pelvoux

#####lipsum Je pars de Grenoble à midi tout content de pédaler au soleil et retrouve Ben à Vizille "comme d'hab'". Sur les grandes lignes droites avant Bourg d'Oisans, un cycliste nous double mais c'est sans savoir que nous sommes à l’affût pour nous faire tracter dans l'aspiration. Finalement il est sympa et on discute avec lui. Son rythme redonne un peu de vigueur à notre pédalage déclinant. - Tu crois qu'il restera des croissants à la boulangerie de Bourg d'Oisans ? - Nan on s'est déjà fait avoir la dernière fois, il n'y en a pas l'après-midi. - Arf. En effet il y avait assez peu de viennoiseries mais quand même de quoi reprendre des forces. Ensuite nous remontons en selle et avançons avec appréhension vers des raidillons dont nos mollets se souviennent, la montée au barrage de plan du lac et les épingles avant St Christophe. Section conforme à nos souvenirs : ça monte. Au delà de St Christophe c'est plus roulant, presque de la balade. Cela fait déjà quelques fois que des voitures nous dépassent. - Ils vont où tous ces gens ? - Tu crois qu'il restera de la place au Carrelet ? - Si c'est complet on monte à Temple-Écrins ? La Bérarde a bien changé depuis la dernière fois qu'on est venus... Cette fois nous attachons nos montures au bout du « parking » du bas. - Arf, la vis qui tient le crochet de ma chaussure s'est faite la malle avec les vibrations de la route !" - But matos en vue ? - Chez Atomic ils auraient pu mettre du freinfilet rouge... - Elle est vraiment utile cette boucle ? - Hmmm vu qu'il n'y en a qu'une, la chaussure va être compliquée à fermer sans... ou avec du duct tape ? Ou en récupérant une vis ailleurs ? - Ne bouge pas j'ai ce qu'il te faut ! Pour une raison que j'ignore Ben est venu avec toute sa collection de clefs allen, ce qui me permet de récupérer la vis de soi-disant « power strap » (pas si power que ça si vous voulez mon avis) pour fixer la boucle. Ouf ! Il faut toujours un petit problème matériel pour ajouter du piment, surtout après avoir fait 80 bornes de vélo en guise d'approche. En arrivant au refuge nous constatons avec soulagement qu'il est loin d'être complet et même plus que ça : il est vide. Enfin, il est quand même pourvu d'accessoires fort appréciés comme des matelas, des couvertures et surtout un vélo d'appartement, car nous avions justement envie de faire un peu de rab pour nous délasser les jambes. La contemplation de la Face NW de l'Ailefroide occidentale dans les rayons du soleil du soir nous occupe un temps avant de penser soupe et dodo. Le lendemain le paysage défile assez vite grâce à la neige dure. - On y est presque mais mauvaise nouvelle, ceci n'est pas un col du Sélé. - Ah ? - Le col du Sélé c'est ce col en rocher discutable là en dessous. - On fait du rab avant même d'avoir fini ? Ça va nous rajouter au moins 300 mètres... - Quitte à être là autant monter voir ce col, ça nous fera une belle descente ! On monte donc au col de la Condamine, beau point de vue vers le Sud des Écrins et sur les Bans. Puis on s'offre une première descente, l'une des rares où nous aurons de la neige non transformée. Quelques petites courbes et une traversée plus tard, nous chaussons les crampons pour remonter des zones de neige sous le col du Sélé. Nous atteignons la crête via puis un goulet englacé bienvenu puis une escalade facile dans le fameux rocher non-consensuel des Écrins. Nous ne sommes pas au col à proprement parler mais peu importe, la neige est là donc nous pourrons traverser et la vue est belle donc nos pouvons nous arrêter manger. La deuxième descente de la journée prend place sur un boulevard bien lisse propice aux grandes courbes, sous le regard de géants. Nous déchaussons lorsque nous croisons le chemin du refuge du Pelvoux. Ce point bas géographique sur notre itinéraire du jour s'avère coïncider avec le point bas de notre moral. - Tu as vu le chemin ? - Pas de neige ! - Une face S, qui aurait pu prédire ? - Dire qu'on a laissé les baskets au Carrelet pour gagner 300g... - Le bon côté des choses ... c'est qu'on ne portera pas les chaussures de ski ! Le moral remonte avec l'altitude, plus précisément quand nous atteignons une large pente où une bande de neige est restée dans un thalweg, qui nous permet de chausser. Puis il y a des vires enneigées où les chaussures de ski s'avèrent plus pratiques que des baskets, puis encore de la neige skiable. Un peu avant 16h nous arrivons avec satisfaction au refuge (déjà plein) et filons faire la sieste en prévision de la nuit qui s'annonce assez peu reposante. Merci à ceux qui se sont serrés pour nous faire de la place ! Après les départs matinaux des uns et des autres nous essayons de trouver un peu de sommeil puis décollons finalement à 7h30, cap sur le couloir Coolidge. La neige commence déjà à ramollir sur les premières pentes au soleil jusqu'à la bosse de Sialouze mais est bien dure dans le couloir et malgré les boules on peut garder les skis aux pieds jusqu'en dessous le premier rétrécissement. À réfléchir à la trace j'ai l'impression de jouer au billard sur les bords du couloir, à imaginer les rebonds pour trouver le bon endroit où faire la conversion. La suite déroule sans accrocs et un peu avant 11h nous foulons le sommet. D'ici nous pouvons voir le col de Coste Rouge qui est l'objectif du lendemain et dont le bas semble un peu gris vu d'ici. Un petit encas en contemplant la vue panoramique exceptionnelle puis nous passons les chaussures en mode descente. Ce fameux glacier des Violettes qui s'annonçait comme le crux technique de la journée est bien vite descendu via une trace en zig-zag dans le dédale des séracs qui nous évite tout rappel, nous faisant ainsi passer moins de temps à la merci des chutes d'objets glacés et massifs. Nous retrouvons des gens rencontrés au refuge et poursuivons la descente jusqu'au pont du Ban que nous atteignons vers 13h. Comme dit Ben en blaguant c'est une « journée repos », qui termine assez tôt. Il reste juste à repeauter et remonter au Pré de Mme Carle quelques kilomètres plus loin. Nous croisons des hordes de skieurs qui se démènent pour avancer sur le faux plat... - Bonjour. Bonjour. Boujour. ... - Quand il y en a trop t'es pas obligé... - Ils étaient où tous ces gens ? - Championnat du monde de skating... Le refuge Cézanne est bien plus accueillant que nous imaginions bien qu'un peu sombre. Nous allons boire un coup et parler des conditions au café/refuge du Pré de Mme Carle juste à côté puis rentrons dans notre tanière pour une nuit plus calme que la précédente. Levés à l'aube et guidés par le rayon de la frontale, nous progressons sur le glacier Noir. Petit à petit le jour s'éveille et les faces se dévoilent ou s'embrasent. - Ça avance encore bien ! - Oui, c'est agréable quand ça déroule ! Tailler la route, voir du pays... Un intérêt de ces itinéraires pas très techniques. En fait la complication (mineure) arrive un peu plus loin, après avoir longé les austères faces Nord jusqu'en bas du couloir du col Coste Rouge. Comme vu depuis le Pelvoux, la neige ne va pas jusqu'en bas. Une langue de glace semble offrir un passage sur la droite. C'est un peu plus technique qu'imaginé du bas mais nous réussissons finalement à franchir la difficulté et rattraper la neige, bien plus facile à remonter. Rien d'extrême mais ça nous a quand même demandé une grosse heure au total. - On a traîné, on ne l'aura jamais cette pizza au Bourg d'Oisans. - Je te rappelle que ce n'est pas la première fois qu'on choisit notre heure de lever en fonction d'une pizza qui finalement nous passe sous le nez. Initialement nous pensions passer par le col de la Temple mais ayant vu la veille que toute la descente depuis le refuge de Temple-Écrins était sans neige, nous avons préféré passer par Cloute Favier, au plus près de l'Ailefroide et avec de la neige jusqu'en bas. On peut la descendre skis aux pieds jusqu'au resserrement du ravin de Cloute Favier en allant à travers les coulées de zone lisse en zone lisse, ensuite c'est crampons dans les boulettes jusqu'à retrouver le vallon où on se laisse glisser presque jusqu'au refuge. Retour jusqu'au Bourg d'Oisans avec les épingles de St Christophe qui font presque aussi peur qu'à la montée mais pas pour la même raison. On fait une bonne pause au Bourg d'Oisans histoire d'avaler quelques bricoles (mais pas une pizza), bricoler les vélos (merci au bouclard qui m'a dépanné un patin de frein) et passer quelques coups de fil urgents... Puis c'est la redescente bien roulante le long de la Romanche dans le soleil et les bourrasques. Nous nous séparons à Vizille, il me reste encore quelques coups de pédale jusqu'à Grenoble. Encore une belle boucle !

Globalement : neige dure le matin et qui ramollit au soleil à partir de midi-13h.

J0 accès au Carrelet en baskets (névés pentus à traverser mais neige molle à cette heure), à partir du pont suspendu (pas encore en place) il y a de la neige et on pourrait chausser par intermittence (ce qu'on a fait au retour). J1 on chausse à la sortie de la forêt. Accès au glacier de la Pilatte en passant par le ravin (c'est à dire sans passer par le refuge). Neige dure avec bonne adhérence mais couteaux appréciables. Descente du col de la Condamine en neige froide tassée sur fond dur, très agréable. Pour monter au col du Sélé on suit des "taches" de neige à droite jusqu'à trouver un petit goulet englacé bienvenu ("mixte" cotation T5...) qui mène à une zone de rochers moins raides puis la crête, un peu plus au S que le vrai col. Descente du glacier du Sélé vers 12h40, horaire idéal avec de la moquette à poils courts bien lisse sur laquelle on peut carver. Traversée au dessus de l'Ouro en rive droite qui passe très bien (actuellement impossible de passer par la rive gauche au dessus du refuge). On déchausse vers 2080m pour remonter le chemin du refuge du Pelvoux mais vers 2320 on peut rechausser puis encore un peu plus loin après une traversée dans les vires. Arrivée au refuge skis aux pieds. J2 : il faut escalader la petit barre rocheuse au dessus du refuge (facile) ensuite montée en ski dans le Coolidge jusqu'à 3500 avec les couteaux, ensuite crampons jusqu'à la sortie du couloir puis re-ski jusqu'à la pointe Puiseux. La neige commence juste à revenir sur le plateau quand nous commençons à descendre (~11h20). Quand on commence à descendre entre les deux zones de séracs on trouve aussi bien de la neige froide tassée que de la neige dure et de la moquette fine. Descente du glacier des violettes sans faire de rappel, d'abord en faisant des zig-zags dans les séracs juste à droite de l'arête rocheuse et en descendant le plus possible jusqu'à un passage étroit plein de pierres, puis en traversant à droite et en revenant par dessous. Plus bas vers 3100m, après une section un peu raide il y a une crevasse à franchir. Des gens devant nous font un rappel sur abalakov sur la gauche de la crevasse. On a préféré passer en désescaladant un ressaut de glace encore plus à gauche. Ensuite descente classique par le névé des militaires avec de la neige qui se ramollit mais reste plaisante à skier et quelques déchaussages pour passer des rochers ou une zone d'herbe et d'éboulis en traversée. J3 Remontée du glacier noir en neige dure, des creux mais aucune crevasse visible. Nous avons mis les couteaux pour passer le verrou sous la bosse de la momie. Le col de Coste Rouge n'est pas en neige jusqu'en bas : il y a du rocher qu'on pouvait franchir par une petite langue de glace à droite (5-10m dont ~3m à 80 degrés, 2 piolets appréciables, possibilité de faire relais sur broches bleues en haut). Ensuite neige. Côté W il y a d'abord 50m de désescalade dans des éboulis sableux raides puis de la neige dure bosselée inskiable puis enfin on peut chausser. En zigzaguant entre les zones de boulettes on a pu descendre à ski jusqu'au rétrécissement du ravin de Cloute Favier. Ensuite on skie en rive gauche jusqu'à 1930m environ. Traversée du torrent pas forcément facile.

J0 : 6h30 pour le vélo pauses incluses (5h30 depuis Vizille), 1h05 pour marcher de la Bérarde au Carrelet J1 : 9h (départ 6h40, col de la Condamine 10h50, col du Sélé 11h50, déchaussage 13h26, refuge du Pelvoux 15h40) J2 : 6h10 (départ 7h30, sommet du Coolidge 10h20, Pointe Puiseux 10h50, fin de la descente Pont du Ban 13h, refuge Cézanne 13h40) J3 : 5h55 pour le ski (départ 5h25, base du col de Coste rouge 8h10, col 9h15, Carrelet 11h20) puis 50min de marche retour, départ de la Bérarde à 13h, 1h20 de vélo jusqu'au Bourg d'Oisans, grosse pause, retour Grenoble vers 18h.

Beau

Carrelet : matelas, couvertures, un peu de vaisselle, vélo d'appartement, ... Torrent pas loin pour l'eau. Personne d'autre que nous. Pelvoux : "chaussons", matelas, couvertures, un peu de vaisselle, livres, topo Glace Neige Mixte de Constant. Eau à récupérer dans une petite cascade dans la barre rocheuse au dessus du refuge. Au total 13 personnes pour 10 matelas. Cézanne : matelas, couettes, gros réchaud (pas utilisé), très sombre. Eau dans le torrent. Personne d'autre que nous.