Mont Blanc de Cheilon : Vrai sommet convoité, face NW aussi délicieuse qu'imprévue !

Que c’est bon de retrouver la montagne ! Et que cette journée fut belle !

Prologue

Après avoir consacré les mois de mars et d’avril à traverser la France sur toute sa diagonale à pied comme un vrai pèlerin médiéval, sans argent ni téléphone mais muni d’un bâton taillé dans le frêne et de quelques pièces de textile pour me couvrir, il était temps de rentrer à la maison. Et une fois rentré à la maison, il était temps de retourner en montagne.

La dernière fois que j’avais une paire de skis aux pieds et un baudrier aux hanches, c’était le 8 février. Avec ce cher Romain, dans les hauteurs d’Arolla pour de la goulotte. 102 jours plus tard, nous sommes de nouveau à Arolla, avec le même Romain, non plus pour de la goulotte mais pour une belle journée de reprise.

Après 3 mois sans ski et sans montagne, on vise quelque chose de sympa et sans difficultés : ce sera le Mont Blanc de Cheilon. Lui n’y est jamais allé et moi je n’ai jamais pu me rendre au vrai sommet. En février 2022 j’avais emmené 2 copains là-haut, mais un avait jeté l’éponge un peu avant le col, et l’autre avait tout donné jusqu’au sommet d’hiver… Responsable de mes deux compagnons, j’avais dû me résigner à ne pas poursuivre seul au sommet d’été, et le renoncement, décision dont j’étais fort peu coutumier, avait été dur.

Quatre années plus tard, j’ai heureusement gagné en expérience et en maturité ; des renoncements il y en a eu un paquet depuis lors, et c’est le coeur léger et l’esprit réjoui que je prépare mon sac pour ce retour à la montagne !

Une journée de rêve

Tout était réuni pour passer une belle journée, et le bilan a complètement dépassé nos attentes !

Joyeuses retrouvailles et papote tout du long dans la montée, entre Romain qui a fait une superbe saison en montagne, et moi qui ai arpenté les chemins de France sur 1750 kilomètres. La météo est grandiose, et la neige s’annonce divine !

L’objectif du jour est de monter au Mont Blanc de Cheilon, gravir son arête sommitale pour atteindre le vrai sommet convoité, et descendre par l’itinéraire de montée. Connaissant le chemin, je n’ai même pas pris la peine d’étudier les topos existants.

Pourtant, en montant au col de Cheilon, une superbe face exposée NW attire nos regards et attise un désir irrépressible. La ligne de descente a l’air splendide, bien qu’un resserrement entre des rochers et la barre de séracs semble poser quelques complications.

Nous poursuivons notre ascension, effectuons un dépôt de skis au col sous l’arête finale, et gravissons celle-ci. Quelques passages sont sérieusement cornichés, la prudence est de mise, mais nous parvenons sans trop de difficultés au sommet. Nous y prenons le temps de considérer les différentes options de descente, et décidons d’aller mettre nos spatules dans cette jolie face NW. Nous n'avons alors aucune idée de la cotation (on imagine alors quelque chose autour du 4.3), mais ça ne semble pas si raide et nous avons un peu de matériel pour franchir le verrou au besoin.

Les premiers virages sont jubilatoires, dans cette belle pente à 45° avec mes 79mm au patin alors que je n’ai pas skié de la saison ! On arrive assez vite au resserrement, et après une courte discussion, on prévoit de faire un petit rappel. Seulement on m’approchant de plus en plus, je me dis qu’on peut également sauter la petite étroiture, moyennant un peu de dry ski pour bien se positionner, et une bonne impulsion pour passer le verrou et retomber directement dans la neige.

Ça passe, et ce n’est pas tant exposé vu la belle poudre à la réception. On termine de skier la face dans ces superbes conditions, et on se laisse couler sur le glacier de Cheilon, fort satisfaits de cette descente aussi délicieuse qu'imprévue ! Retour à Arolla tout tranquille, et grande joie au sortir de cette belle journée de reprise : merci Romain, une belle aventure partagée de plus !

Cotation ?

De retour à la maison nous voyons qu’il existe 2 sorties sur cet itinéraire, avec une cotation à 5.2 E3 (elle était même initialement proposée à 5.3 E4 d’après l’historique des versions !). Si on se penche sur les chiffres, elle correspond pourtant à un 4.3 ou 5.1 grand grand max. haut de la face : 30°-45° verrou 50° mais court et pas trop exposé bas de la face : 40°-45 L’exposition est plutôt un solide E2, E3 semble excessif si on s’en réfère aux indications du topoguide c2c.

Quelques langues de neige tout en bas des pistes, on chausse définitivement vers 2100m et jusqu'au Pas de Chèvres. Ce dernier est très sec côté val des Dix : la cordelette en place compense bien les 2 échelons manquants, puis ensuite c'est de la caillasse et de la neige dure sur une centaine de mètres. Glacier de Cheilon et Glacier du Giétro : RAS. Tout semble bien bouché, aucun signe d'avalanche, progression évidente. (NB: Nous sommes remontés directement sous les séracs du versant W -cf trace gpx- en étant rapides et attentifs, mais ce n'est pas forcément recommandable, l'itinéraire contourne largement par la droite normalement) Arête sommitale bien enneigée et plutôt cornichée, mais sans difficultés (le pas en III pour sortir au sommet n'est franchement pas rédhibitoire) Face NW : superbe neige tout du long ! Belle poudre épaisse, on ne sent pratiquement jamais la glace sur le fond. L'étroiture entre les rochers et le sérac ne permet pas de passer à ski en dérapant (il y a environ 1 mètre entre le bombé de glace à gauche et les rochers à droite). Rappel sur Abalakov possible, ou alors avec un peu d'audace ça se saute (et c'est un grand moment !)

7h15 Arolla 8h45 Pas de Chèvres 10h30 Col de Cheilon 12h col 3776m 13h sommet Mont Blanc de Cheilon et belle pause de 30' là-haut 14h départ face 15h45 Arolla

Impeccable : grand ciel bleu et pas de vent. Très chaud dans l'après-midi sur le glacier de Cheilon, neige dégradée...