Mont Blanc : Traversée des 3 Monts et descente face N
L'an dernier après une belle fin de saison en altitude et après une Verte extraordinaire, on voulait finir la saison avec Johanna sur le Mont Blanc. Un vieux reve qui me faisait vraiment peur de part le dénivelée depuis les grands mulets, et à cette altitude, jamais je n'aurais la caisse de réaliser ce truc là ! On n'a pas pu savoir, la météo en avait décidé autrement... Cette saison, on n'en parlait pas trop et puis quelqu'un me parle de son projet d'y aller peut être, j'aimerais bien en être, et évidemment je ne pouvais pas ne pas en parler à Jo ! résultat l'initiateur du projet a laissé tomber et nous on était au taquet ! Sans doute moins bien acclimatées que l'an dernier (quoique de mon côté ca allait finalement pas trop mal) mais surtout moi je voulais y aller par les 3 monts. Sauf que cette année, c'est un peu chaud coton avec un Tacul aux ponts déjà fragiles et un Maudit présentant un mur de glace un peu vertical. Allez, les dernières chutes de neige doivent forcément avoir amélioré les conditions non ? La météo est optimale, cela concluerait un WE incroyable et une saison encore plus dingue d'une belle manière, histoire de se dire qu'on peut ranger les skis.
Histoire de s'acclimater un peu, on agrémente la montée au refuge par l'arête à Laurence, avant de buller sur la terrasse du refuge, observant ce Tacul impressionnant où la trace est bien faite (il y a quand même un petit passage qu'on voit moins bien...) Ensuite... ca sera l'aventure. 4 gars ont mis un réveil à 1 h, nous ça sera 2 h et on partira un peu avant 3 h. Il fait nuit noire avec un quartier de Lune tout orangé super bizarre ! Nuit totale, contente de choper la trace qui est parfaite. On s'est encordées tout de suite, je mets un rythme tranquille mais régulier, pour pas se cramer. Je voulais calmer les ardeurs de Johanna, mais c'est une bonne crève qui s'en occupe... Franchement une warrior d'avoir fait ça en étant malade ! Quand le jour se lève, on voit plus franchement ces monstres de crevasses et de séracs pourtant réputés du Tacul et on se dit que c'est pas mal de l'avoir fait de nuit parce que c'est super impressionnant ! Couleurs du jour naissant en arrivant à l'epaule, grandiose ! Quand on passe l'épaule c'est le Maudit qui apparait. Le gros morceau technique. Avec les 4 de devant et 2 qui nous ont doublées, on arrive finalement les 8 en même temps au pied du fameux mur technique. Les premiers passent avec un piolet, des crampons légers, corde tendue, ca envoie. Les 4 cherchent un autre passage moins raide à gauche avec un pont de neige sur cette énorme crevasse. Les deux premiers passent, le second a 2 m de corde qui pendouillent sous lui, "heu les gars corde tendue c'est pas un concept que vous connaissez ? si l'un tombe c'est le strike assuré" "oui mais nous on tombe pas" j'adore... Le 3e part en tête, le 4é part ensuite et tape dans ce fichu pont de neige comme un marteau. "hé mec, doucement avec le pont, il a pas l'air de bien tenir" Paf 1/4 de seconde plus tard le pont s'est pété la gueule, le 4e est dans la crevasse, le 3è s'est fait éjecter, et attérit sur moi sinon c'est pas drôle et on se retrouve à commencer à glisser sur les pentes juste au dessus des gros séracs. Réflexes arret de chute nickel glissade sans conséquence mais choc à la joue pour ma part ça pisse un peu le sang. C'est pas possible bordel, la Verte c'était un glacon dans l'oeil, là un mec qui m'expose la joue, je peux faire des photos des gros projets sans avoir l'air éclatée ?! Et c'est quoi ce que vous comprenez pas dans le concept de CORDE TENDUE, ça m'a mise en pétard... Dopée par l'adrénaline, et sans doute un petit désir de revanche sur ces gars, je repars direct illico presto dans le passage glacé, vertical. Je regrette mon 2e piolet technique (j'ai pris un classique en 2 second) mais comme le dirait un pote "on n'est pas là pour coller des gomettes" alors et bien ça passera ! Une broche et le bout de la corde pour faire un relais pour assurer ma copine correctement et ensuite, on se casse. On se retrouve seules dans cette pente du Maudit et seules jusqu'au col de la Brenva où on retrouve la foule provenant du corridor. On croise Julien et Sasha, Alexa et Valérie ne doivent pas être loin derrière Mur de la Côté dégommé et puis ensuite c'est l'interminable montée du dernier mur, skis aux pied. Ces 350 derniers mètres n'en finissent pas ! Immense joie partagée au sommet, et puis il faut bien descendre. Ca restera pour moi la descente la plus flippante de ma vie. Ces cathédrales monstrueuses de glace ont un pouvoir hypnothique indéniable, c'est grandiose, mais c'est tout aussi angoissant. Parfois on est vraiment juste dessous. A part jsute espérer que ça ne se casse pas la gueule tout de suite à l'instant il n'y a pas grand chose à faire. Ca sera pas le ski du siècle et la pause sous les grands Mulets est la bienvenue. On apprend qu'il faut passer par Jonction Basse et là débute l'interminable retour. On n'avait pas calculé qu'il fallait remonter au Plan de l'Aiguille, on avait pensé que ça glissait juste. Cette blague ! Mais quand on n'a pas le choix, on avance, encore et toujours. L'arrivée au Plan fait du bien, on s'enquille deux cocas à la même table qu'une famille allemande ébahie de notre périple ! On les aura fait rêver un peu, c'est chouette ! Nous, on est trop fières de nous, Jo avec ta crève, t'as tout enquillé sans broncher, you're the best ! Je crois qu'on peut ranger les skis sereinement jusqu'aux prochaines neige de fin d'automne prochain, après 73 000 de D+ cette saison ils ont droit à un peu de repos mérité !
descente de l'aiguille déséquipée, grosses marches molles dans l'après midi descente à skis jusqu'aux cosmiques : mou... arête à laurence bien tracée, on n'enfonce pas trop à pied
bon regel dans la nuit descente pas pire du refuge jusqu'au glacier excellente trace de montée au Tacul, pas trop raide. couteaux appréciés, neige froide dense vers la moitié, une grosse crevasse à franchir, un gros pont de neige OK à pied (ne va peut-être pas durer...) ensuite mieux vaut garder les skis sur le sac, bonne portance et autre passage obligatoire à pied descente à skis pour rejoindre l'attaque du Maudit, une belle crevasse à franchir, neige dure assez lisse Maudit tout à pied pour le mur de glace, il y a une corde fixe sur laquelle on peut poser des points, brochage possible à droite aussi. effectivement les premiers pas sont délicats et il faut sans doute un peu de mental ! 2 piolets techniques bien appréciés ! ensuite encore un mélange glace/neige puis bonne trace en traversée dans la neige. gardé les crampons aux pieds pour rejoindre le col de la Brenva et ensuite franchir le mur de la côte. quelques crevasses à franchir dans la petite descente traversante. mur de la côte super condi, bonnes marches 350 derniers mètres interminables skis aux pieds et couteaux
descente du sommet vers les rochers rouges : des bosses et de la neige gelée, pas super agréable attaque de la face N depuis les rochers rouges : alternance bosses, neige froide, neige gelée.la trace en mode border cross est bien faite ! bonne moquette sur le plat ensuite c'est très très mou passage jonction basse (jonction haute avec une chute en crevasse hier, plus à conseiller) retour plan de l'aiguille neige vraiment molle, on nous a conseillé de garder les peaux pour la traversée descendante, je ne suis pas convaincue, c'est long et fatiguant en mode descente.
départ refuge 2 h 50 épaule tacul 5 h 15 arrivée passage technique maudit 6 h 10 sortie maudit 7 h 20 sommet 9 h 50 grosse pause sous les grands mulets arrivée plan de l'aiguille 14 h
grand beau et chaud
refuge des cosmiques vraiment chouette accueil, bières locales, petit dej de dingue, ca fait plaisir