Grande Casse : Les Grands Couloirs (voie normale), descente par la Face N centrale

La Reine de la Vanoise, comme beaucoup, j'en ai rêvé. J'ai eu la chance d'être accompagnée sur glacier pour la première fois il y a 4 ans, et le rêve est alors devenu projet. Entre temps, la vie et d'autres activités ont rendu ma pratique de la montagne plus occasionnelle et la Grande Casse est repassée de projet à court terme à rêve.

Mais cette fois, le créneau était là! Un weekend de disponibilité, une belle météo de prévue, une réservation de refuge de dernière minute : plus que le temps de préparer les affaires et nous sommes partis! Personnellement, vu la chaleur de ces derniers jours, je n'y croyais même plus trop, jusqu'à en avoir peur: comment allait être la montée? allons nous réussir à être en haut assez tôt? serait-je capable de skier en sécurité cette face bien transformée par les fluctuations météorologiques? Au point que l'enthousiasme s'est retrouvé caché derrière l'angoisse. Heureusement, Simon était là et motivé pour nous deux!

Midi, euh 14h, euh 15h, sont arrivés et nous nous sommes mis en route pour Pralognan. Il faisait si chaud, et nos sacs étaient si lourds : c'est donc assez péniblement que nous avons entamés notre montée vers le refuge du Col de la Vanoise. Assez rapidement, plus de remontée mécanique en vue laissant place à d'imposants rochers surplombant une vallée riche et en plein épanouissement estival. Quelques bouquetins, des délicieux biscuits à grignoter, nous trainons jusqu'au lac de Vaches où vient le temps de chausser les skis. Nous continuons notre chemin tranquillement jusqu'à 18h37: le téléphone sonne et la gardienne du refuge vient au nouvelles! Nous avons effectivement un peu laissés filer le temps et entamons donc une petite course finale pour arriver à un horaire convenable.

La soirée est très chouette, les gardiens du refuge sont très chaleureux, et nous dégustons un délicieux repas! A notre table, nous avons eu le plaisir de rencontrer Luc, dont j'avais beaucoup entendu parler car nous avons un ami en commun! Luc est monté 2 fois à la Grande Casse en 2 jours, et il nous fait part des conditions: il fait très chaud, il y a des coulées partout, et il serait donc bien d'arriver au sommet à 9h... anxiété maximale à l'idée d'exploser le chrono, donc. Nous avons également diné en compagnie du binôme Olivier et Nicolas, et de Michel, qui ont tous les trois également prévu d'aller à la Grande Casse : nous connaissons donc une partie des collègues de demain. Après ces temps d'échange particulièrement appréciables, il est l'heure d'aller se reposer ou tout du moins essayer car nous avons oublié nos bouchons d'oreille...

4h20, le réveil sonne! Un grand bol de café, je me force à manger un peu et nous filons. Simon est confiant sur l'itinéraire que nous avons repéré la veille et je suis ravie de pouvoir m'affranchir de cette charge mentale. Michel part avec nous, et après une courte glisse en télémark avec les peaux, nous convenons d'emprunter l'itinéraire le plus direct possible : le regel est acceptable et malgré une petite nuit, on se sent bien. Nous avons le confort du petit jour, et donc même pas besoin d'allumer les frontales! La première partie se fait tranquillement entre les rochers, mais la distance se creuse avec Michel qui nous dit de ne pas l'attendre. D'autres groupes ont commencé à monter alors il ne sera pas tout seul! Puis, nous arrivons dans cette grande face un peu impressionnante. La neige est dure et glissante, nous franchissons quelques coulées inconfortables. Je commence à sentir que toutes ces petites glissades et la concentration excessive pendant les conversions sont beaucoup trop couteuses en énergie et je met des couteaux. Nous sommes rattrapés par Nicolas et Olivier avec qui nous partagerons le reste de la montée. C'est reparti et nous montons le plus possible en rive droite du glacier.

Puis, vers 3450m il est temps de chausser les crampons. Je commence à souffrir de l'altitude, et Simon gambade, il propose de porter un de mes skis (ce que j'accepte avec grand soulagement), et nous attaquons cette montée interminable dont j'ai tant entendu parler: rocher à gauche, glace à droite, plus qu'à monter dans l'axe! Alors que le col des Grands Couloirs commence à apparaitre, je suis prise d'une vague d'émotion qui, avec l'effort et l'altitude, se transforme immédiatement en grands sanglots : je crois enfin sincèrement que je vais y arriver, mais je suis fatiguée et donc c'est la décharge. Nicolas rebrousse le chemin vers moi et m'accompagne jusqu'au col. Nous rechaussons les skis pour cette dernière partie : "la fin", "plate", qui n'est pas pour autant si facile avec la montée d'avant dans les pattes. J'ai officiellement dépassé la plus haute altitude à laquelle j'avais accédée à pieds!

Alors que nous arrivons tout proches du sommet, Nicolas et Olivier attendent, et me laisse l'honneur d'arriver première. Je n'aurais pas été vexée d'arriver deuxième, troisième, ou quinzième, mais cette attention me touche très fortement, d'autant plus qu'ils ne savent pas tout ce que cette montée signifie pour moi. "Oh non mais je vais encore pleurer".

Enfin, nous y voilà: le toit de la Savoie! Cette montagne que j'ai si souvent vue au loin, et si impressionnante. Cette montagne en fond d'une photo de moi sur une de mes toutes premières sorties d'alpinisme. Cette montagne dont j'ai tant rêvé! Et en prime, j'ai eu la chance d'être entourée de si chouettes personnes: merci à vous, de m'avoir aidée à faire de ce rêve une réalité.

Après avoir pris le temps de grignoter au sommet, il est donc temps de découvrir la face nord centrale! Nous descendons légèrement à ski, et devons déchausser pour descendre un court passage en pierrier pour atteindre l'entrée. Nous y voyons Nicolas et Olivier chausser, et nous leur souhaitons une belle descente! A notre tour d'attaquer: Simon part premier, et je suis particulièrement concentrée après cette montée si éprouvante. Heureusement le haut est juste revenu et la descente est donc très appréciable. Assez rapidement les cuisses chauffent, il y a un peu de sluff lourd, quelques escargots: je ne suis plus capable de descendre avec style dans tous les cas, alors j'ai, avec les précieux conseils de Simon, pour seule priorité la sécurité. La neige chauffe à vue d'oeil, alors après avoir bien profité de la plus grande partie de la face, nous préférons tracer directement et rapidement à gauche en direction du col de la Grande Casse. La partie la plus intense de la descente est passée, place à la balade! Alors que nous approchons de la moraine, nous prenons légèrement à gauche puis tout droit en pour visant le pied de l'Aiguille de la Vanoise et rester le plus haut possible : l'objectif est d'avoir l'itinéraire qui nous permettra de skier jusqu'au plus bas possible! Nous sommes rejoints par Paul que nous avions vu au loin pendant la montée et qui est descendu par les Grands Couloirs. Nous finissons la balade ensemble sur une grande langue de neige qui persiste au milieu de la verdure et en bordure de torrent. C'est à couper le souffle, et nous profitons pleinement jusqu'au moment de déchausser! Nous recroisons Nicolas et Olivier que nous avons donc l'occasion de saluer une dernière fois en leur souhaitant un bon retour.

Plus qu'à remettre les skis sur le sac, et revenir sur terre!

Quelle chance d'avoir partagé la journée et l'aventure avec ces personnes. Quelle vie nous menons, quel privilège! Un rêve de plus de réalisé: petite Clem serait si fière du chemin parcouru.

Estivales en vallée, 28°C au parking à 16h de notre J1. Les trois jours de forte chaleur qui ont précédé notre sortie ont occasionné une importante fonte, le coup de neige d'il y a une semaine est certainement à remercier pour cet enneigement moyen. La nuit claire a permis un regel à peu près correct, et les cumulus de la matinée ont retardé un tout petit peu le dégel.

J1: Départ 16h des Fontanettes, arrivée au refuge à 18h50 (en prenant le temps de trainer pour profiter du paysage!) J2: Départ du refuge à 5h20, arrivée au sommet à 9h40 Col de la Grande Casse à 11h00 Retour au parking 13h

Temps ensoleillé, cumulus assez présents rapidement après le lever du soleil avec une base à environ 4000m Vent en haute altitude tendance Est, très faible au sommet. Iso 0° vers 4000m

Un grand merci à l'équipe du refuge du Col de la Vanoise pour un délicieux repas et un très chouette accueil!