Trans-Corsica en vélo-ski 🚴⛷️

Du 7 au 22 mars 2026 (2 semaines). Environ 600 km, 18000mD+ dont un gros tiers à vélo.

Acte 3 de ces itinérances prolongées en vélo-ski, à travers les montagnes méridionales, avec cette fine équipe transgénérationnelle, suite à notre premier vélo-ski tous ensemble dans les Alpes d’Azur, en 2024 [https://skitour.fr/sorties/171703]. Pour cette aventure corse, un second Victor se joint à nous et c’est à sept que nous prenons le bateau à Marseille (et non à Sète, vous suivez ?!). Avec donc : Antho, Charles, Léo, Lucas, Seb, VictorN, VIctorM.

C’est un projet que nous avions dans les cartons et que nous avions été contraints d’ajourner l’année dernière, faute de neige suffisante. Cette année, les planètes semblaient plus alignées… En plus de l’approche en train, il faut bien avouer que l’accès en bateau à l’ile de beauté contribue à la déconnection avec notre quotidien, et à transformer cette expérience en voyage immersif. Embarquement pour deux semaines à essayer de jongler entre une météo capricieuse et une neige surabondante (du moins, au-dessus de 1600m).

Plutôt qu’un long récit linéaire et chronologique, on vous propose de parcourir les photos légendées et quelques anecdotes et autres retours d’expérience :

… Pour des raisons de date, on choisit finalement de débarquer au petit matin dans la cité napoléonienne d’Ajaccio, plutôt qu’à Propriano. Ceci implique une première journée exclusivement de vélo pour s’approcher des montagnes enneigées. Même s’il fait meilleur sur la côte, compte tenu des prévis météos, on hésite à suivre l’itinéraire envisagé initialement qui prévoyait de commencer par piquer une tête à la plage de Cupabia ! En définitive, on décide de viser directement les montagnes, pour filer au plus court dans la vallée du Taravo, avant de se prendre une dégradation orageuse en pleine poire. On préfère profiter des très agréables sources d’eaux chaudes (40°C…) de Guitera plutôt que d’aller en quête d’une hypothétique accalmie météo pour descendre l’Incudine/Alcudina. C’était pourtant le sommet le plus au sud de l’ile de beauté, que nous envisagions de descendre à ski. Dommage, car cette année, l’enneigement abondant des sommets méridionaux augurait du bon ski sur ces montagnes plus rarement skiées que celles de l’alta strada, la Haute-Route corse à ski, qui se parcourt généralement entre la vallée d’Asco et le massif du Renoso. … Lors de cette traversée, on a passé quelques jours à laisser passer le mauvais temps notamment en allant se « planquer » dans les refuges du PNRC (sur le tracé du GR20) dans lesquelles on a pu généralement profiter d’un poêle. On a toujours été seuls. Il y a souvent du bois à disposition, stocké à l’extérieur et donc humide. Malheureusement, on n’a pas trouvé d’outil pour débiter les grosses buches et le poêle a quelque fois été laborieux à faire fonctionner. A noter qu’il y avait toujours du gaz à dispo (dans les refuges gardés l’été), même si nous avions notre propre matériel. On trouve généralement des matelas, avec leur housse en plastique mais pas de couverture (afin de limiter la transmission des punaises de lit). Il n’y a pas de refuge spécifique pour l’hiver et on a accès à l’ensemble du refuge (d’été). L’eau était généralement disponible à faible distance. Le « refuge » de Capannelle (à la station de Ghisoni) est dans un état de délabrement avancé, avec une des deux pièces qui prend sérieusement l’eau… En comparaison, en passant à l’abri de l’Erco, on ne l’a pas trouvé si pire (par rapport également à un CR récent). … Malgré une météo difficile, nous avons structuré notre traversée pour « sanctuariser » les trois sommets que nous avions à cœur de descendre à ski, dans des conditions nivo-météorologiques de qualité : le Rotondu, le Cinto (par son beau couloir de la Forca) et peut être surtout la Paglia Orba. Poser des virages sur ces pentes suspendues (au-dessus d’un couloir-chicane qui se passe en piolet-crampons) dominant la mer, avec l’impression de pouvoir la toucher, a été un grand moment de cette traversée en vélo-ski. Cette Paglia Orba à ski, ce n’est pas de la « moyenne » montagne, c’est de « l’extraordinaire » montagne ! Et quoi de mieux que de profiter de ce secteur en restant durant 36h dans le secteur, seuls au refuge de Ciuttulu di i Mori. Une solitude à faire rêver les randonneurs estivaux du GR20. Deux Corse, deux ambiances. … Depuis le sommet du Cinto, on s’est fait un « Summit to Sea », en moins d’une demi-journée, pour aller piquer une tête dans la Grande Bleue (même pas froide), à la plage de l’Ostriconi. Après une nuit réparatrice en bord de mer, on traverse l’Agriate (via une route peu fréquentée, à cette époque de l’année), puis on enchaine avec la petite route en balcon du Nebbio, qui relie de jolis villages dominant l’arrière-pays de Saint-Florent. Le clou de cette traversée est l’église Saint-Michel de Murato que Prosper Mérimée (auteur de deux nouvelles sur la Corse : Mateo Falcone, puis Colomba) décrit comme « la plus élégante et la plus jolie église qu’il ait vue en Corse ». D’ici, il n’y a plus qu’à se laisser descendre, via le défilé de Lancone, vers les faubourgs de Bastia, probablement l’une des villes françaises les moins bien dotées en pistes cyclables. À tel point qu’on est obligés d’emprunter la quatre-voies à vélo sur quelques centaines de mètres… Heureusement, l’arrivée dans le vieux port chaleureux de Bastia, nous remet du baume au cœur, avant d’aller reprendre le ferry en soirée, et sans avoir oublié de faire quelques emplètes à base de spécialités locales. … Bref, même si la météo nous a joué des tours, c’était l’année pour profiter de la neige corse ! Bien sûr, nous aurions pu aussi réaliser l’alta strada uniquement à ski, ce qui implique : i) d’organiser des dépôts de nourriture ou une logistique énergivore et, ii) de rester en altitude, sans possibilités aisées de s’échapper vers les vallées plus riantes, en cas de mauvais temps. Avec une semaine anticyclonique (rare sur les sommets de l‘ile en cette période), c’est même probablement la façon la plus pertinente de parcourir cette montagne hivernale, du moins si la neige est présente en abondance (avec des risques nivologiques limités) et si l’objectif primordial est le ski. Ça fait quand même beaucoup de conditions à rassembler, ce qui explique que cette alta strada, la Haute-Route corse à ski, ne soit pas réalisée si fréquemment. Pour la plupart d’entre nous, le ski était d’abord un prétexte au voyage, et le vélo-ski s’est une nouvelle fois révélé être un formidable moyen de déplacement permettant de s’adapter aux conditions météos difficiles et aux envies de chacun.

…............................................. Enfin, nous avons trouvé ici ce que nous étions venus chercher, et probablement même plus, en laissant place à l’imprévu. Même si le terme est souvent galvaudé, pour nous simples « continentaux », il faut bien avouer que nous avons été « dépaysés », probablement davantage que dans n’importe quel massif des Alpes. Nous connaissions tous ces montagnes corses en version estivale. Et pourtant, nous avons été bluffés par l’esthétique de ces montagnes drapées de leur manteau blanc. La neige réhaussent les contours, rendant le relief plus effilé, plus acéré... Avec l’aide du vent, elle plâtre les faces les plus verticales à la manière des parois patagoniennes. D’aucuns qualifieraient ces sommets imposants « d’alpins », à moins d’inventer un terme propre à ces montagnes corses marquées par l’insularité et la proximité de la mer… Les rencontres humaines ont été limitées. Nous avons néanmoins effleuré l’altérité culturelle, avec quelques échanges fort sympathiques, dans une Corse vidée de ses touristes.

Finalement, n’aurait-on pas trouvé dans cette Corse, si proche et pourtant si différente, ce que certains partent chercher plus loin ? Skier au-dessus de la mer des calanches de Piana n’est-il pas aussi jouissif que de tracer des courbes dominant les fjords ? Les pins laricios de Radule, au port monumental, ne sont-ils pas aussi « exotiques » que les araucarias d’Amérique du Sud ? Et de ce sommet enneigé de la Paglia Orba, la « Reine des montagnes corses » (d’après un pionnier de l’alpinisme corse, Félix Von Cube), n’émane-t-il pas un esthétisme comparable à celui du Cerro Torre ou du Fitz Roy ? Même s’il y a autant de réponses que de skieurs, nous nous sommes posés toutes ces questions.

PS : Je complèterai les condis/topos et les légendes des photos dans la soirée...

Quelques compléments de légendes tronquées :

#59. Les falaises du Filosorma (Falasorma, en corse) sont vraiment impressionnantes et la profondeur des ravins n’a rien à envier à ceux du secteur de Bavella. Ces falaises monumentales, Charles Pujos les décrit d’ailleurs comme des « piliers géants, les plus hauts gratte-ciels de Méditerranée », rien que cela ! #93. Plutôt que de rejoindre au plus court notre ferry à Bastia, via la monotone plaine côtière orientale, on fait un petit détour par l’Agriate pour y faire un dernier bivouac (en dehors des zones interdites) et y piquer une tête. La plage de l’Ostriconi (renommée pour ses dunes) marque la limite occidentale du « désert » des Agriates. #90. La « Grande Barrière ». C’est peut-être la course d’alpinisme la plus renommée de Corse (difficulté : D+/5b). Elle fut ouverte en 1928 par les guides chamoniards Alphonse Couttet et Arthur Ravanel qui aurait dit à leur retour : "Cette course peut rivaliser avec les plus belles de Chamonix"… #1. Cyrnos, recueil de poèmes de A. Régis, de son vrai nom Alphonse Abauzit (cousin de la famille) :

Au Monte Cinto

Te voilà, fier géant dont je rêvais naguère, De tes pics déchirant l’azur profond des cieux : Je te voyais, là-bas, par-dessus l’Ile altière, Vers la France meurtrie, au passé millénaire, Jeter des regards anxieux…

[…]

Par-dessus tes pitons et tes gorges sauvages, Au travers des vapeurs qui rampent sur tes flancs, Ô Cinto, n’as-tu point, montant d’humbles villages, Entendu des vivats, des cantiques vibrants ?... N’as-tu pas aperçu, doux rappel des vieux âges Le cortège ému des croyants ?

[…]

Lozzi, septembre 1947.

Météo/températures : Météo variable et assez fraiche pour la saison (des petites chutes de neige à partir de 1000-1500m) Conditions d'accès/altitude du parking : Altitude de chaussage/déchaussage : Conditions pour le ski : Alternance de neige de névés denses et bien skiantes (quand il faisait mauvais) et de neige transfo (moquette tip-top)

Conditions nivo et activité avalancheuse : Enneigement exceptionnel au-dessus de 1600m (près de 3m aux 2 nivoses corses). Pour les risques d'avalanche : RAS malgré les petites chutes de neige répétées (mais nous n'avons pas trop fréquenté les versants nord qui ne semblaient pas si safes dans la vallée d'Asco).